Culture, Spectacles

[Danse] Rose of Jericho de Skeels, se déraciner pour s’appartenir

WOW. C’est le premier mot que j’ai réussi à articuler en sortant de la première représentation de Rose of Jericho, une chorégraphie de Andrew Skeels présentée par Danse Danse à la cinquième salle hier soir.

La danse

Si il est toujours impressionant de voir les danseurs professionels se mouvoir avec grâce sur scène, Rose of Jericho atteint des nouveaux sommets. Non seulement les mouvements sont-ils tantôt fluides et souples, coulants, les corps presque liquides, tantôt sont-ils saccadés, violents et mécaniques, le synchronisme et l’harmonie entre les sept danseurs est aussi d’une qualité et d’une intensité dont j’ai rarement été témoin.

Se tenant par la main, les pieds, la tête et s’attrapant de toutes les façons imaginables, le groupe évolue souvent comme une créature à sept têtes, amalgame de membres et de grâce en mouvement, comme une galaxie qui s’agite les étoiles.

Photo © Damian Siquieros. Danseurs : Alisia Pobega, Brett Andrew Taylor.

Les numéros en duo et en trio, également magnifiques mais nous plongeant dans l’attente des numéros de groupe époustouflants, sont originaux et sortent du cadre contemporain pour se teinter de hip-hop, voire d’une certaine violence qui me donne envie de parler de gumboot avec les mains.

Le thème

Sur le thème de l’exil, de l’adaptation et du courage des immigrants qui se déracinent pour mieux vivre, le spectacle prend place sur une scène désertique, dont les craquelures du sol renforcent l’idée d’aridité. Seuls accessoires des danseurs, des montagnes de toiles beiges s’entassent sur les côtés, tantôt berceau et tantôt tombeau pour les interprètes qui les empilent, les déplacent et s’y blotissent au fil de la représentation.

La Rose de Jéricho, cette plante du désert résiliente et incroyablement têtue, s’entête à pousser dans les endroits les plus arides et inhospitaliers du monde, comme ces expatriés qui partent loin de chez eux et se retrouvent parfois devant un accueil moins que chaleureux.

Photo : www.roseofjericho-wholesale.com

Les danseurs passent par toutes les émotions durant le spectacle : la peur de l’inconnu, l’amour du prochain, l’amitié, l’acceptation, le rejet, le remords et bien plus. Dans cette chorégraphie riche et communicative, ils apprennent à vivre les uns avec les autres, à se soutenir et parfois à s’exclure par instinct de conservation.

Bref, un spectacle à la fois technique et impressionant par la forme et touchant et recherché par le fond. Une belle découverte, et un ajout à mon palmarès des spectacles de danse m’ayant le plus marquée.

Ne manquez pas Rose of Jericho de Skeels Danse, jusqu’au 14 octobre à la 5e salle de la Place-des-Arts.

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