Culture, Spectacles

[Danse] Sutra, quand le kung fu rencontre la danse contemporaine

Avez-vous déjà vu des moines Shaolin danser? De la danse contemporaine inspirée par du kung fu? Moi oui, lors de la première de Sutra de la Sadler’s Wells Dance Company par Sidi Larbi Cherkaoui.

19 moines, 1 danseur, 1 enfant, et 21 boîtes en bois à hauteur d’homme pour créer une scénographie théâtrale et grandiose, structurée mais changeante – malgré la rigidité des angles du bois, les danseurs les utilisent tantôt pour en faire un énorme lotus, un cimetière, des lits superposés, et bien plus encore.

 

La dichotomie entre les mouvements rapides, saccadés et violents du combat et les mouvements très lents, souples et fluides d’Ali Thabet, soliste, est saisissante. Les tableaux figés des moines qui se fixent dans l’espace autour de l’enfant en position de prière, ces temps d’arrêt entre les explosions de mouvements aériens, sont autant d’occasions de prendre un moment pour vraiment contempler cette mise en scène époustouflante.

Photo © Hugo Glendinning. Interprètes moines du temple Shaolin

Je me souviens d’avoir pensé plusieurs fois durant le spectacle : « quel privilège de voir ce que je vois. » Avoir eu la chance de vivre ce moment historique (Sutra n’avait pas été présenté à Montréal depuis 2009), équilibre parfait de poésie et de tradition, m’a vraiment touchée.  Je vous encourage à y assister aussi, c’est une expérience de vie plus qu’un simple spectacle de danse.

Pour alléger l’intensité de l’ensemble, des petits moments d’humour, touches savamment calculées qui s’inscrivent parfaitement dans la chorégraphie sans nous sortir de l’ambiance mais provoquent un sourire, un petit rire en coin, prennent vie à dans la candeur et la maladresse factice de l’enfant moine et du danseur soliste.

Photo © Hugo Glendinning. Interprètes Sidi Larbi Cherkaoui et un moine du temple Shaolin.

On dit que la pâtisserie est la discipline la plus précise de la gastronomie, puisque les quantités doivent être respectées au milligramme près. Sidi Larbi Cherkaoui est pour moi un maître pâtissier du spectacle; en dosant si parfaitement l’humour, l’art et les techniques de combat traditionnelles, l’immobilité et la force du mouvement, la douceur et la violence, il créée un véritable dessert pour les yeux, une recette gagnante sur toute la ligne.

Un véritable chef d’œuvre que je ne saurais vous recommander plus chaudement.

Sutra de la compagnie Sadler’s Wells (Sidi Larbi Cherkaoui), jusqu’au 9 mai au Théâtre Maisonneuve de la Place-des-Arts.

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