Culture, Lecture

[Lecture] Avec un grand A – Mignon sans plus

Avec un grand A, de Janette Bertrand, met en scène Simon un quadragénaire tout ce qu’il y a de plus traditionnel vivant le rêve américain dans un quartier de banlieue avec sa petite famille. Lorsqu’il rencontre Larry, bisexuel et polyamoureux, sa vie bascule.

Si le sujet est d’actualité, j’ai quelques réserves concernant le roman. Janette Bertrand est une personnalité québécoise que j’adore, et j’aurais vraiment voulu pouvoir ne dire que du bien de ce petit roman aux allures de chicklit. Le truc, c’est qu’en se faisant vendre le livre comme audacieux, affrontant les tabous et osant parler des vraies affaires, on s’attend à plus.

Plus que l’histoire classique et stéréotypée du jeune Adonis sexy, décomplexé, sportif, arrogant, séducteur et bisexuel qui débauche le quadragénaire coincé en mal d’émotions fortes.

Plus, aussi, que la trame prévisible du schéma narratif de base « mise en situation – élément déclencheur – adjuvant/opposant – péripéties – etc. », qui ressort clairement de cette histoire trop structurée, pas vraiment seamless.

Ce qui m’a dérangé

Les descriptions des émotions et questionnements de Simon sont scientifiques, chirurgicales et on y sent les références extérieures de l’auteure (j’aurais cru à des lectures personnelles, mais c’est plutôt Michel Dorais, sociologue de la sexualité, qui a éclairé les zones d’ombre en phase de recherche).

Les personnages changent leur fusil d’épaule trop vite pour que l’on s’y identifie ou qu’on se fonde vraiment dans l’histoire (Simon est bien carré, timide, fermé d’esprit, questionneur, traditionaliste et orgueilleux pendant 3-4 chapitres, puis BOOM il devient cet amoureux transi et éperdu, bête de sexe suppliante et sans pudeur. Idem pour son employé misogyne et macho, mal dégrossi et vulgaire qui, au détour d’un chapitre, devient le protecteur, le confident et le défenseur de Simon comme s’il était soudain possédé d’une bienveillance mystique).

D’ailleurs, les personnages sont figés dans un trait de caractère particulier et ne sont pas assez développés pour être sympathiques ou réalistes (la femme de Simon dans sa jalousie, le père dans sa culpabilité refoulée, Larry dans son égoïsme, la blonde de Larry ne semble exister que pour nous donner les définitions et l’avis de la sexologie moderne sur la bisexualité, etc.).

Photo : Libre Expression

Les mêmes problématiques sont débattues et discutées encore et encore (le syndrome de « t’es pas bi t’es un gai refoulé », etc.), des problématiques qui, d’ailleurs, ne me semblent pas aussi d’actualité que nous le laissent croire les descriptions du roman. Les tabous changent, avec le temps, et all-in-all, le livre ne me semble pas si polarisant ou audacieux que ça.

En bref, je trouve que le roman manque de finition, de polissage.

Ce qui m’a plu

Ce qui me plaît surtout c’est de penser que des gens d’une autre génération, public inconditionnel de Madame Bertrand, qui n’ont pas eu la chance d’être exposés autant que la jeunesse à la diversité sexuelle, puissent se retrouver dans ces personnages qui se questionnent et découvrent la bisexualité et l’amour libre.

Et certaines scènes de sexe sont hot. 😛

Un petit roman qui se lit tout seul (je l’ai lu en une journée au spa – quel bonheur), mais qui au bout du compte me laisse sur ma faim.

 

Avec un grand A, de Janette Bertrand, aux éditions Libre Expression. 24,95 $.

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