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[Lecture] Lettre à Alexandre Taillefer

Coucou Alexandre,

Je t’écris puisque je viens de terminer la lecture de ton livre Lettres à une jeune entrepreneure. Je me permets de te tutoyer, puisque tu as opté pour l’utilisation de la deuxième personne dans ton ouvrage. Ça s’explique probablement par le fait que tu as choisi de le dédier à ta fille Daphnée, n’est-ce pas?

Je ne suis pas ta fille, c’est une évidence, mais je suis une entrepreneure. Je me suis donc sentie interpellée d’emblée par le titre de ton livre. Mis à part le fait que tu as pensé à ta fille en l’écrivant, je serais curieuse de connaître les autres raisons qui t’ont poussé à garder le féminin en couverture, dans une société où le masculin l’emporte, dans la langue française, et dans la vie en général (malgré qu’on travaille fort pour que ça change). En tout cas, je trouve ça l’fun que tu aies fait ce choix.

L’entrepreneuriat est à la mode en ce moment. Bien des gens se proclament entrepreneurs. Une belle occasion de vendre un livre sur le sujet. Je t’avoue donc qu’à travers les premières pages, les grosses lettres et ton style d’écriture ne m’ont pas particulièrement accrochée. Tu comprendras qu’une part de moi était plutôt sceptique de lire, encore, mille et un conseils que j’ai beaucoup entendus partout ailleurs.

Heureusement, l’autre part de moi, qui a toujours été intriguée de découvrir la personne que tu es derrière tes entreprises et tes implications, m’a poussée à poursuivre ma lecture.

Je dois être davantage une entrepreneure artiste, moi aussi, comme tu le décris si bien dans ton livre, car ce ne sont pas les chapitres où tu parles de chiffres, de millions de dollars, d’actions et de banque qui m’ont intéressée. Remarque que les chiffres sont ma faiblesse, je le sais bien. Ça peut expliquer mon manque d’intérêt pour ces sujets.

Par contre, les chapitres dans lesquels tu te confies plus personnellement, je les ai plutôt appréciés : comment tu as vécu tes échecs, ta présence auprès de ta famille, ta vision des autres entrepreneurs et de l’entrepreneuriat, l’analyse de ta propre personnalité d’homme d’affaires et le suicide de ton fils. Ce sont des moments où j’ai senti que j’apprenais à connaître l’homme plutôt que l’investisseur, et c’est là où j’en aurais pris plus. Peut-être parce que je suis une fille? Peut-être aussi parce que je n’aime pas les chiffres? Ou peut-être parce que je suis un peu coucou sur les bords, car bien souvent, la santé mentale d’une personne m’intéresse pas mal plus que son compte de banque.

Je te parle de santé mentale et j’utilise le terme «coucou», Alexandre, parce que j’ai également lu ta chronique parue récemment dans Le Voir. (Sans offense, mais on dirait que j’ai préféré le style de cette chronique davantage que celui de ton livre. Plus senti peut-être?)

Tout comme toi, je trouve qu’on est une société qui n’entraîne pas assez l’intelligence émotionnelle. J’en ai déjà parlé sur ce blogue, à l’aube de ma trentaine. Et je m’explique mal pourquoi les coucous, c’est seulement ceux que ton fils a croisé à l’hôpital, pour la majorité des gens. Tant qu’à moi, ton ex-collègue des Dragons qui vient de se faire pincer pour des actes horribles faits à des femmes pendant plusieurs années, ainsi que toutes ces personnes en politique qui magouillent à n’en plus finir, sont une sorte de coucous qui devraient se payer une bonne thérapie. Pas avec l’argent des citoyens là. Avec leur argent à eux-autres. L’affaire, c’est que ces gens-là me semblent des coucous tellement peu lucides et/ou narcissiques qu’ils ne voient probablement même pas qu’ils ont un problème.

Tu remarques que moi aussi, il m’arrive d’être en maudit. Tu vois donc juste, dans ton livre, en disant que c’est une caractéristique qui peut pousser les gens à entreprendre. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai décidé de partir une compagnie de production vidéo. Ça ne me tentait pas de travailler en télévision et d’être gérée par des gars comme ton ex-collègue des Dragons. Pis j’avais envie de valoriser le travail des filles qui m’entourent, à ma façon. (Je tiens à préciser que j’ai aussi côtoyé des personnes formidables dans le domaine de la télévision et je les salue pour leur excellent travail.)

Je viens d’avoir un enfant, Alexandre. Un changement de vie qui a généré de l’anxiété à me mener à l’urgence. Un autre volet de mon côté coucou à moi. Ça va très bien maintenant, mais je ne te cacherai pas que je trouve que c’est tout un défi de rouler ma business avec un bébé tout neuf à la maison. Je comprends un peu mieux comment la maternité peut interférer avec le travail.

Ça m’amène à t’écrire que ça aurait été un bon chapitre dans ton livre, ça, l’entrepreneuriat et la maternité. C’est sûr que t’es pas le mieux placé pour parler de ça à ta fille Daphnée et à toutes les autres filles qui désirent entreprendre, car la nature a décidé que vous, les hommes, vous ne pouviez pas tomber enceinte. Peut-être qu’une femme pourrait prendre ton relais et écrire une suite à tes lettres?

Ça m’a fait du bien de t’écrire aujourd’hui, Alexandre.

Je te souhaite de joyeuses fêtes entouré des gens que tu aimes. Tant qu’à moi, ta richesse se trouve bien plus là que dans toutes les actions que tu possèdes.

Parlant de richesse, il n’y a pas de doute, Alexandre, que je suis pas mal plus pauvre que toi dans mon compte de banque. Si tu savais, par contre, comme je suis riche du monde que j’ai autour de moi. Si ça s’évaluait à la bourse, je suis pas mal sûre que ça te tenterait d’acheter des parts pour faire partie de mes partys de famille. 😉

Marie-Pier

P.S. : Ceci est mon dernier billet à Web & Mascara. J’en profite pour remercier toute l’équipe fabuleuse qui travaille bénévolement à faire vivre ce blogue. Ce fût un plaisir d’écrire parmi vous.

Je tiens également à souhaiter joyeuses fêtes à toutes les lectrices et lecteurs de Web & Mascara.

Lettres à une jeune entrepreneure

Alexandre Taillefer

vlb éditeur

19,95$

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