Culture, Lecture

[Lecture] Moments de parcs – Contemplatif et poétique

Moments de parcs, le dernier récit d’André Carpentier, me laisse indécise.

Il décrit lui-même son livre comme un recueil de petits tableaux de flâneurs, de scènes glanées à droite à gauche dans les parcs métropolitains. C’est aussi toutes les pensées, sensations et introspections qu’elles génèrent chez l’auteur, une analyse humaine à l’échelle de quelques centaines de pieds carrés de gazon.

J’entretiens avec ce livre une relation amour-haine facilement explicable : comme je suis une littéraire, j’apprécie énormément ses tournures de phrase originales et savoureuses, qui me donnent envie d’utiliser pour signet un carnet dans lequel les consigner pour les déguster plus tard. En voici quelques unes :

« Je connais cet air (…) mais il me faut le titre, l’auteur, comme si je ne supportais pas de ne pas avoir tous mes petits savoirs à portée de mémoire. L’effet Internet, évidemment »

« (…) comme si, pour moi, voir en mots signifiait voir plus et mieux et même enfin voir vraiment! Mais n’est-ce-pas le fait de tout écrivain, de tout artiste, que de chercher le langage par lequel les choses peuvent lui parler…»

« La fascination, ici, est l’autre nom de la beauté quand elle s’étrangle. »

« Et leur baisers durent et ça dure encore, on dirait qu’elles cherchent à illustrer qu’étreinte est anagramme d’éternité. »

Et il y en a des comme ça toutes les 5 pages. Ça me titille agréablement la poésie!

Photo : Éditions du Boréal

Ce qui gâche mon plaisir, c’est que malgré le format saynètes qui découpe les visites de parcs en historiettes de quelques pages, la lecture m’a semblé épouvantablement laborieuse et répétitive.

Bon, quand on décrit un parc onze douzaines de fois, même si ce n’est jamais le même, c’est difficile de se renouveler. Alors les analogies de bancs, de chemins, de chipits d’oiseaux et de pelouse dans tous ses états, au bout de quelques chapitres, j’en avais soupé.

Il faut dire que le bouquin est aussi très contemplatif, introspectif, réflexif. Pas étonnant, donc, que l’on tombe sur des petits bijoux de pensées comme ceux cités ci-haut, mais aussi sur des bouts de réflexion interrompus, vagues ou flous qui donnent un peu l’impression de lire des notes inachevées, ou encore auxquelles on aurait accolé une petite conclusion philosophique quelconque  du type « toute est dans toute » pour justifier toutes ces lignes de jolies descriptions n’ayant finalement pas abouti.

Je veux quand même finir sur une note positive, juste parce que ces petites phrases poético-orgasmiques rattrapent franchement tout ce que j’ai à reprocher à l’ouvrage. Alors je vous (me) gâte, je vous en mets une autre :

En parlant d’un homme à l’allure résolument british et nobiliaire, qui s’exprime avec un accent de garâge de Montréal qu’on ne lui aurait pas soupçonné :

« J’adore quand le faux est à ce point vrai qu’il constitue en lui-même une catégorie. »

Aux amoureux des mots et des tournures d’orfèvre, bonne lecture; préférablement au parc ou à petites gorgées quotidiennes. Moments de parcs d’André Carpentier, 365 pages. Éditions du Boréal, 29,95$.

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