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[Les Chroniques de Paulychinelle] Moi et mon Trouble de Personnalité Limite.

Le diagnostic de TPL est arrivé tardivement dans ma vie. Je viens d’avoir 28 ans cette année et on m’a diagnostiquée avec un Trouble de Personnalité Limite à mes 26 ans seulement, au terme de démarches d’une dizaine d’années auprès de nombreux psychologues et médecins.
 
J’étais quasi constamment en détresse et on s’obstinait à me répéter que j’étais simplement dépressive chronique et anxieuse généralisée et à me prescrire des antidépresseurs. Chaque visite médicale; la même histoire. Depuis mes 15 ans.
 
Et puis j’ai enfin pu voir un psychiatre, qui, à la fin de notre entretien, m’a demandé :
 »Si je te nomme le Trouble de Personnalité Limite, le Trouble Borderline, est-tu étonnée? »
Si j’étais étonnée? Dans mon DSM-IV, il y avait déjà quelques années que j’avais marqué la page parlant de ce trouble. J’avais des doutes, visiblement.
Mais je venais de passer ma vie à me faire dire, par tout le monde que je connais, des choses comme :

-Tu vas rester malheureuse si tu n’essaies jamais d’être heureuse
-Tu pourrais au moins te forcer à sourire
-Tu es tellement dramatique
-Tu es incapable de bien aller, c’est drainant
-C’est pas normal comment tu réagis
-Tu me manipules avec tes émotions
Ça se peut pas que tu sois aussi triste à cause de ça
-Tu es bin trop intense
-Tu prends tout personnel
-C’est toi qui s’isole
-Tu es folle

et ainsi de suite…

Source : google

Si vous saviez combien d’amis j’ai perdus sur la route parce qu’ils me trouvaient ‘trop’. J’ai toujours su que j’étais différente des autres membres de ma famille, des gens que je côtoyais en général. On m’a souvent qualifiée de sauvage, de weirdo, de fuckée.. name it. J’étais dévastée à chaque petit commentaire non positif qu’on lançait vers moi. Dévastée. Carrément. J’me prenais pour Aurore.
Et puis, sont venues les idées suicidaires. J’avais 22 ans. J’avais tout perdu ce que j’avais pris pour acquis dans ma vie. Dépressive, en peine d’amour, en situation d’échec à l’université, endettée jusqu’au cou, et habitant dans le sous-sol de mes grands-parents, je me suis dit :

Criss, chu p’t’être vraiment folle finalement

J’en étais venue à douter de ma propre réalité. Avec le recul, je vois que je n’ai pas toujours été bien entourée. Ça n’aidait vraiment pas.
Alors quand j’ai reçu le diagnostic, même si je savais en-dedans de moi, je me suis sentie comme si on ouvrait les rideaux après des années de pénombre. Qu’est-ce que ça a changé dans ma vie? Pas grand chose sincèrement, à part un immense soulagement.
Le TPL n’est pas une maladie héréditaire, donc je pouvais envisager les enfants sans culpabilité.
Je ne suis pas folle, je ne m’invente pas tout ce que je ressens; il y a maintenant une explication à mes émotions.
Je ne suis pas bipolaire ou maniaco-dépressive : je n’aurai pas besoin de me médicamenter au lithium ou whatev’ toute ma vie. Et je suis chanceuse car mon trouble à moi ne m’a pas menée à l’abus de drogues ou à des comportements violents envers autrui, pour ça je suis assez pas pire pour me contrôler. Mais les comportements violents envers moi-même, l’auto-sabotage récurrent, la compulsivité dans certains gestes, l’impulsivité; ça, je m’en suis zéro sauvée.
Mais c’est OK. Je sais que je ne suis pas seule.
Et je sais que je vais un jour être capable de gérer.

source : psychiatrictimes.com

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