Art de vivre, Histoire de filles, Santé & Sexualité

[Bédaine & Mascara] [Santé] Et si en 2015, on arrêtait le débat sur l’allaitement?

En 2015, doit-on encore questionner les mamans sur leur choix concernant l’allaitement?

Je crois que le choix d’avoir un enfant est une décision personnelle et la suite des choses devrait le rester aussi. Il ne devrait pas être de notoriété publique de questionner le choix des parents sur la façon dont ils ont décidé de nourrir bébé, que ce soit au sein ou au biberon.  On pourrait clore le débat et laisser maman en paix, ça serait simple comme bonjour!

Mais actuellement, la société (c’est qui ça, la maudite société?!?) en a décidé autrement!

À mon premier garçon, j’avais l’intention d’allaiter. J’avais lu et suivi toutes les recommandations pour faire en sorte que ça marche, mais échec sur toute la ligne pour pleins de raisons qui sont les miennes. J’en avais déjà d’ailleurs parlé sur ce blogue. C’est dur à avaler pour certaines mamans de ne pas allaiter, puisque quand ta première tâche en tant que maman est celle de nourrir ton enfant et que tu failles à celle-ci, le sentiment d’échec et de culpabilité sont assez forts.

C’est dire comment la gouverne de l’allaitement est forte. Et la romance de l’allaitement l’est tout autant selon moi : « C’est ce qu’il y a de mieux pour bébé, la connexion bébé-maman est superbe, ça ne fait pas mal, etc… » Pour certaines, ça se passe bien et pour d’autres, ce sont des semaines de torture physique et mentale, je ne vous mens pas.  Pour moi, une maman en santé vaut cent fois mieux qu’une maman épuisée physiquement et mentalement.  Il faut une persévérance et une volonté de fer pour celles à qui ça fait mal ou que ça ne fonctionne pas bien (même si bébé a une bonne prise) et celles dont le bébé tête une heure, pour reboire une heure plus tard, pour encore une heure de temps. (Lire ici : moi avec bébé numéro 2 que j’ai allaité).

Et si on arrêtait le débat là, ça éviterait à plusieurs mamans de se sentir coupables non?

Ça me rappelle quelques anecdotes de personnes que je connais à ce sujet.

Anecdote no 1: Une connaissance demande, sur un groupe d’entraide de mamans, la question suivante : « Est-ce que je suis une mauvaise mère si je décide de ne pas allaiter? »

Clairement, cette nouvelle maman voulait se faire rassurer qu’elle avait fait le bon choix en donnant le biberon et que d’autres comme elle avaient fait de même. La forte majorité l’on rassuré, mais une maman lui répond : « C’est ton choix, MAIS (l’importance du fameux mais) je te suggère de regarder ce lien qui énumère les bienfaits du lait maternel, et bla bla et bla bla bla… » Honnêtement, j’avais le goût de crier après cette maman. On le sait les bienfaits du lait maternel et on ne le questionne pas. Il semble qu’elle n’ait tout simplement compris le double sens de la question… Pauvre nouvelle maman dont la culpabilité venait de quintupler!

Anecdote no 2: L’autre jour je suis chez le pédiatre. Je décide d’allaiter mon petit homme, j’avais oublié mon biberon. (L’allaitement en public était pour moi un dernier recours : pas à l’aise du tout de gérer mon énorme paire devant une assemblée de papas, de mamans et d’enfants!!!) Et oui! J’ai pratiqué l’allaitement mixte et pour moi, c’était le paradis, on y reviendra. Donc, bébé boit tranquillement au sein (après des sueurs chaudes et des prouesses inimaginables pour le mettre au sein, sans que personne ne voit mon sein – je suis pudique, pis c’est de même bon!) et une maman à côté de moi donne le biberon à son garçon du même âge que le mien.

D’emblée et sans détours elle me dit, pour se justifier (lire ici : déculpabiliser) : « Ah moi, ça pas marché l’allaitement! »

J’avais envie de lui donner une petite tape dans le dos, un p’tit câlin et un « on s’en fout, si tu savais! »

Pour essayer de désamorcer son état de culpabilité, je lui réponds : « Je donne le biberon aussi, je ne fais pas juste l’allaiter, je trouve cela plus pratique.»

Cette maman me faisait penser à moi avec mon premier garçon, toujours en train d’expliquer le pourquoi de mon non allaitement, pour me convaincre que j’étais une bonne mère malgré tout.

Anecdote no 3: Ma dernière anecdote est selon moi la plus étonnante. Une amie, qui a fait le choix de ne pas allaiter, se prépare à partir de l’hôpital suite à son accouchement. Elle a de la préparation prête à servir qui lui reste et ne veut pas la jeter. Elle dit donc à l’infirmière de la donner à une autre maman qui en aurait besoin au lieu de la gaspiller. L’infirmière refuse. Ses raisons : si quelqu’un la voyait avec ça, c’est mal!  Car à l’hôpital, ils prônent l’allaitement. Et misère, mais cachez ce lait du diable, avant qu’il ne tue quelqu’un!

Petite parenthèse ici (que les mamans de ce monde comprendront) : Avez-vous remarqué que d’emblée, quand l’infirmière entre dans votre chambre à la maternité, il est toujours question de « Alliez-vous mettre bébé au sein? Bébé a-t-il été allaité? » Assez fatiguant quand à chaque changement de quart de travail, tu dois répéter à une nouvelle infirmière en poste que tu n’allaites pas. Je dis ça de même là… À noter qu’en théorie, elle a lu votre dossier avant d’entrer dans votre chambre.

 

À mon 2e garçon, l’allaitement a fonctionné (mais non sans pleurs, épuisement et découragement). J’ai persévéré, mais j’ai fait le choix de donner le biberon à mon petit homme dès la naissance : il était inconcevable que je sois la seule capable de nourrir mon fils. Le biberon me donnait une liberté très appréciée et aussi l’occasion de me reposer. Certaines puritaines de l’allaitement diront qu’on doit attendre 6 semaines avant de donner la suce et le biberon, mais je me suis fais confiance et j’ai fait confiance à bébé. Un boire au biberon par 24 heures (quelques fois plus), ça ne pouvait pas faire de mal à personne. 

Et si on mettait de l’avant l’allaitement mixte? Ce serait une belle solution pour les mamans qui sont tellement découragées. Au lieu d’abandonner, c’est une alternative pour continuer à nourrir bébé au sein, mais avoir un moment de répit durant les phases les plus difficiles. Et qui dit biberon ne dit pas nécessairement préparations de lait maternisé; on peut donner le lait maternel au biberon. 

En terminant, les femmes qui allaitent ne sont pas sorties du bois non plus!  Elles subissent aussi la pression de la société : « Cache-toi en public pour allaiter ». (La pudique en moi est d’accord pour ne pas montrer son sein à qui le veut, mais il y a manière d’allaiter en public sans avoir à se cloitrer dans un coin). « Après deux ans, tu ne trouves pas qu’il est temps d’arrêter l’allaitement? » Même si personnellement, cela me rend mal à l’aise de voir un enfant de plus de 2 ans encore allaité, on s’entend que ce n’est pas de mes maudites affaires le choix que cette maman a fait? Je ne poserais jamais un regard malveillant sur cette maman et encore moins sur celle qui a choisi de donner le sein à son bébé en plein milieu du centre d’achats parce que celui-ci hurlait de faim!

Selon moi, il y a une différence entre être en désaccord, mais respecter le choix de l’autre et être en désaccord et juger cette personne. Juger les autres, c’est tellement out, non?!?

Et si en 2015, on arrêtait de juger le voisin et qu’on se concentrait sur nos propres choix? Tout le monde s’en porterait mieux, y compris la maman qui veut juste faire une bonne job, la plus importante et la plus gratifiante qu’elle n’aura jamais dans sa vie : celle d’être maman.

Sur ce, peace and love tout le monde!

 Crédit photo: photo-libre.fr

 

 

Article Précédent Article suivant

Vous Pourriez Aussi Aimer

2 Commentaires

  • Répondre Alexandra G. 24 janvier 2015 a 23 h 40 min

    Pour ma part, je ne crois pas que les femmes qui choisissent de ne pas allaiter leur enfant se font juger plus que les autres. Depuis ma première grossesse, je participe activement à un forum Facebook de discussion, sur lequel échangent une soixantaine de mamans chaque jour… Sur ce forum, quelques mamans ont pris la décision de ne pas allaiter leur nourrisson et je dois dire que jamais, lorsqu’elles ont fait part de leur choix aux autres, elles ne se sont fait juger. Dans tous les cas, les autres mamans (dont certaines prônent l’allaitement) ont eu des mots d’encouragement et ont fait preuve de respect envers ces mamans. De nos jours, j’ai beaucoup plus l’impression qu’on stigmatise les femmes qui s’affichent ouvertement en faveur de l’allaitement. Ah ces hippies, esclaves de leurs rejetons, qui essaient de nous faire croire que l’allaitement est toujours une expérience idyllique et sans douleur et qui pensent qu’on empoisonne nos bébés avec de la formule !! J’exagère certainement, mais si peu… En tout cas, chaque fois qu’une personnalité connue a provoqué des réactions enflammées, des jugements et des polémiques sur l’allaitement, elle n’était pas en train de donner un biberon à son bébé ! Je pense ici à Mahée Paiement, entre autres. Pour ce qui est de mettre de l’avant l’allaitement mixte dans les hôpitaux, cela ne risque pas d’arriver. Simplement parce que toutes les études démontrent que le lait maternel est meilleur pour la santé du bébé. C’est un fait. Et qu’est supposé nous recommander le personnel médical ? Ce qu’il y a de mieux pour le bébé. Ce n’est pas plus compliqué… Par exemple, un médecin ou une infirmière ne dira jamais à une femme enceinte qu’elle peut boire un petit verre de vin de temps en temps. Pourquoi ? Parce que tout le monde sait qu’il n’est pas recommandé de boire de l’alcool durant la grossesse. Est-ce que cette petite coupe de champagne que vous avez bue au Nouvel An fera du mal à votre bébé ? Probablement pas. Mais on ne peut pas souhaiter qu’un médecin nous encourage en ce sens… Est-ce que la formule va faire du mal à votre bébé ? Bien sûr que non !! Mais il ne faut pas blâmer le personnel médical de vouloir vous encourager à allaiter. Comme il vous encouragera à faire dormir bébé sur le dos et à lui donner de la vitamine D… Au bout du compte, en tant que mère, vous faites vos propres choix pour vos enfants et pour vous-même. Si vous êtes heureuses et sereines avec votre décision, c’est tout ce qui compte.

    • Répondre Audrey Besner 25 janvier 2015 a 0 h 41 min

      Merci Alexandra pour ton commentaire. Je trouve qu’il est juste et pertinent. Ça décrit bien ce qui en est sur l’allaitement présentement.

    Laisser un commentaire