Général, Histoire de filles, Santé & Sexualité

[Reblog] Mon ex me violait. #MoiAussi #MeToo

Les headlines des dernières semaines et les réflexions soulevées me font repenser à certains moments de ma vie. Et c’est pas la joie. Tsé, quand on parle de viol, on pense agression, force, violence, pleurs, coups, etc.. Mais c’est souvent infiniment plus subtile que cela.

Alice Paquet source: Journal de Québec

Alice Paquet
Source: Journal de Québec

On n’a qu’à penser à l’histoire d’Alice, qui dit avoir été violée par un député. Terrible, terrible.. Jusqu’à ce qu’on creuse et qu’on découvre qu’elle aurait peut-être déjà été une escorte, une prostituée. Ah bin là, c’était sa job… Vraiment??!  Ça me dégueule. Un être humain, c’est un être humain, peu importe ses croyances et son métier. Alice, escorte ou pas, a le droit de dire non à une activité sexuelle; elle n’est pas un objet.

Et on n’a qu’à penser aussi au viol conjugal. Le quoi? Le viol CONJUGAL. Ah bin non, quand t’es en couple avec quelqu’un, ça peut pas être du viol. J’m’excuse de péter votre bulle, mais OUI. Oui, ça se peut, vivre un viol dans son couple. Et je veux pas péter encore votre bulle, mais ça arrive plus qu’on le pense, et ça arrive aussi à des hommes. C’est terrible de même. Je l’ai vécu. Pas juste une fois en plus. Et je vais vous raconter. Juste pour que vous sachiez on se sent comment quand ça nous arrive.

Début vingtaine, j’étais en couple avec ce gars. Relation passionnelle, l’amour fou, quoi. Nous avions l’habitude d’avoir des relations sexuelles genre tout le temps. Le jour, la nuit, dans le lit, dans le char, chez nous, chez les autres, dans un champ, dans un endroit public.. Partout. Tout le temps. Les seuls moments où ils s’étaient écoulé plus de quelques jours entre deux activités de touche-pipi, c’était quand il était fâché contre moi; il me faisait payer en me faisant sentir comme une pas belle, pas bonne. Puis, il me reprenait quand je m’excusais.

Le make-up sex était fabuleux. Le genre de scène de cul d’un film hollywoodien qui te fait croire aux licornes. Sur le coup. Parce que le lendemain, je me sentais un peu sale. Mais j’effaçais ces mauvaises pensées et je me concentrais sur le bonheur de mon couple. Les chicanes ont commencé à s’enchaîner, de plus en plus fréquentes, de moins en moins clémentes.  Mais le sexe, lui, ne s’essoufflait pas. C’était un peu notre prière quotidienne. Par contre, le coeur y était moins qu’à nos débuts. Puis un jour, en plein dans l’acte, blasée de mon rôle d’étoile écartée, j’ai flatté doucement son épaule et je lui ai dit  »ça me tente pu, on peut arrêter s’il-te-plaît? » Il a arrêté de bouger pendant un instant, il m’a regardée dans les yeux, puis il a fait une chose dont je ne me serais jamais attendue de lui: il a plié les coudes pour affaisser son poids sur mon corps…. et il a continué à me pénétrer.

source: google

Source: Google

Sur le coup, j’ai été paralysée par l’idée que cet homme en qui je mettais toute ma confiance puisse me faire cela. J’ai faiblement redit  »s’il-te-plaît », j’ai essayé de bouger, mais sans plus. Je n’osais pas me débattre plus fort, terrorisée à l’idée qu’il me retienne plus fort encore. J’ai préféré me faire croire qu’il ne m’avait pas comprise, plutôt que de voir mon chum comme un violeur. J’ai attendu qu’il finisse, en fixant le plafond. Puis il s’est endormi en m’enlaçant, comme si rien ne s’était passé. J’ai préféré fermer les yeux. Cette fois, et les autres.

Quelques semaines plus tard, il m’a annoncé qu’il voulait qu’on se sépare. Pour des raisons qui me semblaient absurdes à l’époque. Comme nous habitions encore ensemble jusqu’à ce que chacun trouve un endroit où vivre, nous dormions encore dans le même lit. Je l’aimais tellement et j’essayais de le faire changer d’idée, de lui prouver que j’étais celle qu’il lui fallait, qu’il m’aimait encore. Je couchais avec pour qu’il continue à m’aimer. Jusqu’à ce que je l’entende dire à un de nos amis qu’il couchait avec moi par habitude, mais qu’il n’avait aucune intention de revenir avec moi. La réalité me frappait en pleine face. Je me suis regardée dans le miroir et je me suis dit  »Hey fille, respecte-toi. Donne-lui pu ton corps. C’est fini. »

Pis c’est là que ça s’est passé pour la dernière fois. Quand au bout de trois jours, il s’est tanné et qu’il est entré alors que je prenais une douche. Qu’il n’est pas sorti quand je lui ai demandé. Qu’il a continué d’avancer quand j’ai reculé. Qu’il m’a virée de bord quand j’ai commencé à pleurer. Qu’il m’a tenu le visage sur le mur de la douche quand j’ai dit  »S’il-te-plaît, non ». Qu’il n’a jamais arrêté. Qu’il est retourné se coucher après s’être vidé. Qu’il m’a laissé pleurer, en p’tit bonhomme dans la douche. Qu’il m’a regardée avec dégoût quand je l’ai accusé, tremblante, de m’avoir violée. Qu’il m’a dit  »Je sais que tu me voulais » pour me mettre le blâme de son geste.

source: marieclaire.fr

Source: marieclaire.fr

Et le pire, c’est que plus de 5 ans ont passé et je me sens encore sale. Des fois, je fais des crises de panique quand je fais l’amour avec mon chum actuel. J’ai tellement peur que, lui aussi, il s’écrase sur moi si je lui dis non, que je fais l’étoile par bouts. Juste au cas. Pis c’est pas correct. C’est pas ça que je veux apprendre à mes enfants! J’ai du chemin à faire, je sais.

crédit photo: Peter Arici

Crédit photo: Peter Arici

Mais c’est d’même que je me sens. Écrasée. Pu capable d’aimer la sexualité comme avant. Et je fais confiance à mon chum. Je l’aime. Mais je l’aimais aussi mon ex. Je lui faisais confiance. Bin c’est ça aussi, le viol. Pourquoi je suis restée? Parce que je l’aimais. Parce que je me disais qu’il était juste pas capable de résister à ses pulsions. Parce qu’il me disait qu’il m’aimait comme un fou. Et je préférais croire ça. Je préférais croire à ça plutôt que de croire que l’homme que j’aimais ne me respectait pas assez pour ne pas me violer.

Pis si vous voulez me shamer pour ça, bravo. Vous êtes aussi déchet que lui. Et moi dans tout ça? Je suis indestructible. Abîmée, mais toujours debout.

 

 

*cet article est publié anonymement pour protéger l’entourage de l’auteure.

Article Précédent Article suivant

Vous Pourriez Aussi Aimer

4 Commentaires

  • Répondre [Sexualité] Agression non dénoncée | Web et Mascara 2 novembre 2016 a 11 h 49 min

    […] Lire sur Web et Mascara: [Sexualité] Mon ex me violait. […]

  • Répondre [Sexualité] Les «petits viols». | Web et Mascara 4 novembre 2016 a 11 h 47 min

    […] Lire sur Web et Mascara : [Sexualité] Mon ex me violait […]

  • Répondre Rinonero 18 octobre 2017 a 11 h 13 min

    Merci pour ce témoignage, et bravo d’avoir eu le courage d’en parler. J’ai vécu une situation très très similaire. J’avais 16 ans, il en avait 19. J’ai mis bien trop de temps avant de me sortir de cette relation malsaine (deux ans et quelques). J’en ai fait des cauchemars, et ça a pourrit mes relations suivantes, idem, des années de temps après, pour les mêmes raisons que toi. J’avais cette peur irrationnelle qu’il débarque n’importe quand. Je l’ai haïs. C’est vraiment une sale sensation que d’haïr quelqu’un. Ce qui m’est le plus resté en travers de la gorge, c’est quand j’ai tenté d’en parler à ma mère qui m’a simplement répondu « Mais voyons ma chérie, Frédéric ne te ferait jamais aucun mal. »

    Bien des années sont passées depuis (!) et je suis dans une relation stable et saine… et surtout, une relation que plus rien ne hante… courage à toi, je te souhaite très sincèrement d’en arriver là rapidement, et surtout, en attendant, je te souhaite de la compréhension et de l’écoute autour de toi.

    • Répondre Web & Mascara 18 octobre 2017 a 13 h 52 min

      Merci de ton commentaire. J’ai le p’tit moton à lire ce que ta mère t’a dit, car c’est ce qu’on m’a dit aussi dans le temps. C’est tellement triste, et c’est là qu’on comprend pourquoi tant de gens ne dénoncent pas.. Alors mes bons sentiments à toi aussi, en espérant qu’un jour nous serons assez outillées pour ne pas se laisser faire, les filles.

    Laisser un commentaire