Culture, Théâtre

[Théâtre] Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux par Alain Zouvi au TNM

Source : tnm.qc.ca

Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux mis en scène par Alain Zouvi clôt théâtralement bien la saison anniversaire du Théâtre du Nouveau Monde.

Alain Zouvi, acteur devenu metteur en scène, a brillamment dirigé cette comédie de Marivaux datant de 1730 en la mettant au goût du jour. Pour sa première mise en scène au TNM, Alain Zouvi semble y avoir mis autant d’amour que de travail, et je dois vous dire que c’est un franc succès.

Peut-être pas par hasard

Alain Zouvi a quitté les planches après 35 ans de métier. Il devient aujourd’hui metteur en scène. En 1969, son père, le comédien Jacques Zouvi, a joué le personnage Arlequin dans Le Jeu de l’amour et du hasard. 20 ans plus tard, en 1989, Alain s’est vu offrir ce même rôle, quelques mois à peine après que son père se soit éteint, à l’âge de 57 ans. Lorsque Lorraine Pintal l’a approché en 2016 pour lui demander ce qu’il désirait monter comme pièce, c’est assez naturellement et avec beaucoup d’émotion qu’Alain a choisi Le Jeu de l’amour et du hasard. Il avait 57 ans.

Marivaux

Dans une époque où les mariages sont souvent arrangés, Marivaux qui était un féministe avant l’heure a voulu dépeindre la liberté de la femme quant au choix de son destin. Cette pièce qui pourtant traite de différents sujets lourds tels que le mensonge, la jalousie ou les manigances est une véritable comédie. J’avais bien hâte de voir cela.

Un bruit de fond de chants d’oiseaux nous fait patienter et le décor est déjà dévoilé : nous sommes face à un jardin provençal où un grand bassin d’eau fait centre.

On nous a annoncé que la pièce durait 1 h 45 sans entracte; alors les attentes sont plutôt élevées de mon côté je dois bien l’avouer.

Les premiers personnages prennent place avec assurance et il faut moins d’une minute pour que le public rit aux éclats. Le spectacle commence.

Entre mensonges et fourberies

Tandis que Silvia (interprétée par Bénédicte Décary) a orchestré une mise en scène pour examiner en paix l’homme qui lui est destiné pour époux en se faisant passer pour sa servante Lisette, cette dernière (interprétée par Catherine Trudeau) qui s’est déguisée en Silvia ne va pas résister au prétendant Dorante qui vient de se présenter à elles. Ce dernier va d’ailleurs follement tomber amoureux de Lisette, bien qu’elle ne soit bourgeoise que dans sa robe à volants et autres accessoires rocambolesques. Et pour cause, le Dorante qui se présente à elles n’est pas celui qu’il prétend être. Dorante (interprété par David Savard) ayant eu la même idée que Silvia, lui-même inquiet de la personne qu’on lui promettait, s’est déguisé en son Valet Arlequin (interprété par Marc Beaupré) sous le nom de Bourguignon. Silvia est bien embêtée, car elle haï Dorante qu’elle trouve grotesque. Par contre, à son plus grand étonnement, son coeur bat la chamade pour Bourguignon, qui lui est déjà tombé sous le charme de Silvia depuis leur premier regard. À la bonne heure! Les deux maîtres tombent amoureux sans connaître la véritable identité de l’un et de l’autre tout comme la servante Lisette avec le Valet Arlequin. Toute cette supercherie se déroule sous les yeux amusés de Monsieur Orgon, le père de Silvia (interprété par Henri Chassé) et de Mario, le frère de celle-ci (interprété par Philippe Thibault-Denis), qui sont dans la confidence depuis le tout début des deux impostures et qui prennent un malin plaisir à donner un coup de pouce au destin de l’amour. Même si le public est témoin de toute cette fourberie dés les premières tirades, ce chassé croisé amoureux ne fini pas de nous surprendre, et chacun exagérant son rôle ne fera qu’accentuer l’inusité de la situation.

Un amour de jeu

Silvia désire être aimée pour ce qu’elle est et non pour sa fortune. Elle va en jouer jusqu’à obtenir gain de cause. Sans compter les inquiétudes de chaque personnage qui craint la découverte de cette supercherie, chaque minute nous emmène dans des quiproquos aussi drôles qu’émouvants et c’est un réel régal pour les sens.

Dans une langue française raffinée de l’époque, les comédiens s’en donnent à cœur joie et leur interprétation des personnages est absolument époustouflante. Leurs costumes bien choisis pour définir la classe sociale apportent un petit quelque chose au jeu des acteurs qui ne se lassent pas d’amuser la galerie avec leur accoutrement inhabituel.

Ce qui m’a le plus enchantée est que le public est complice dès le départ et se sent témoin de chaque querelle ou aparté.

Alain Zouvi voulait mettre en lumière sa vision de l’amour dans cette époque où il a l’impression que les gens sont de plus en plus durs les uns envers les autres. L’amour qui sort vainqueur de cette mascarade et triomphe sur le rang social ne fait qu’accentuer cette idée.

Loin d’une récitation d’un texte du 18e siècle, cette pièce est parfaitement bien montée, tout en étant loufoque, dure et tendre. Alain Zouvi s’est entouré de comédiens incroyables qui ont mis le feu aux planches et un peu (beaucoup) d’amour dans le coeur du public. Pour ma part, c’est un pari réussi.

Le Jeu de l’amour et du hasard au TNM, jusqu’au 20 mai 2017.

 

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