Culture, Spectacles

[Culture] [Spectacles] Otello, un opéra de Verdi

« Il est né pour la gloire, et moi pour l’aimer… L’aimer, et mourir! »

L’exquise Desdémone, soupçonnée à tort par son mari de lui avoir été infidèle, attend la mort. Otello, fou de jalousie, l’étrangle à même la couche nuptiale. C’est le vil Iago, furieux contre Otello pour avoir promu Capitaine le fougueux Cassio à sa place, qui a tout manigancé. Otello, après avoir commis l’irréparable, apprend la félonie du traître Iago et ivre de douleur, se poignarde à son tour au pied de sa belle condamnée.

Otello, un opéra de Verdi en 4 actes selon la tragédie classique de Shakespeare, Othello ou le Maure de Venise, est un incontournable de l’art lyrique.

C’était ma première expérience à l’opéra. Je suis friande de théâtre, j’ai assisté à des ballets et à toutes sortes de spectacles, mais là, c’était le vrai truc. Déjà, je me suis mise sur mon 31, parce qu’on ne s’invite pas chez Sir Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts sans un minimum d’effort d’étiquette. En attendant le début du spectacle, j’observe les autres spectateurs : c’est la générale, la salle est à demie pleine de dames toutes en perles qui semblent connaître tout le monde et de beaux monsieurs en costard. Le balcon pullule de jeunes qui doivent être là pour l’école.

6cacca76-1885-4f9c-ba32-68598a99da11Ça commence. Les premiers actes sont grandioses. La voix des chanteurs porte à travers toute la salle (et pas qu’une petite) par la seule force de leurs poumons, narration poétique de l’action en cours traduite sur un petit écran en haut de la scène (Otello est un opéra en italien).  

Les décors sont classiques et superbes, agrémentés de projections vidéo sur de grandes toiles qui dynamisent l’ensemble. Les costumes sont variés et riches, les acteurs sont tout en gestes amples et en vibratos émouvants. Même les effets sont des plus traditionnels : un foulard rouge, entre les mains de Roderigo blessé, tient lieu de sang (j’adore cette façon de faire confiance à l’imagination du public). Je ne sais pas où regarder, le chœur envahit la scène et la voix des dizaines de chanteurs se répercute majestueusement dans toute la salle. C’est donc ça, la grandeur de l’opéra.12fcb897-a173-456a-ae9e-d4f9f019e756

Mais ne dit-on pas de l’Homme qu’il s’habitue à tout, tant aux pires horreurs qu’aux beautés les plus grandioses? N’est-ce pas là tout le drame de l’espèce? Bref, au bout de deux actes et demi, j’ai apprivoisé la voix profonde de baryton de Iago (Aris Argiris) et la musique douce des violons et des cuivres, les éclatantes déclamations du ténor Otello (Kristian Benedikt) et la voix cristalline et triste de la belle Desdémone (Hiromi Omura). Et que dire du beau Cassio (Antoine Bélanger, un ténor canadien) dont on entend clairement pas assez longtemps la voix magnifique pendant le spectacle…

Puisque la suite de l’histoire n’est pas une surprise, et que l’action se déroule très lentement, la fin du spectacle me semble moins enivrante que les premiers actes. Le chœur se fait discret, les longs discours chantés presque a capella plus nombreux, l’histoire s’étire et le public s’essouffle. Dans les premières rangées, un monsieur dort.

Malgré tout, la scène finale du suicide d’Otello est poignante. Je ne sais pas s’il est d’usage de faire un tel triomphe aux artistes les soirs de générale, mais la foule est en délire. Je me mets à rire et les larmes me montent aux yeux tant la clameur du public est assourdissante. Je pleure aussi le pauvre Otello et son triste destin.   

Au final, si je devais choisir un mot pour décrire l’expérience, ce serait sans contredit : grandiose. Un spectacle impressionnant, plus grand que nature.ae2a2de0-5b85-4f86-93d8-63206485a959

Malgré tout, mon bonheur est assombri au sortir de la salle par un jeune qui se croit très cool en lâchant un : « Bon ben… C’t’ait plate! » bien senti en mettant le pied dehors. Heureusement, il n’a finalement pas eu l’effet escompté auprès de sa petite bande qui, elle, avait plutôt la tête dans les mêmes nuages que moi.

Une mise en scène de Glynis Leyshon, accompagné de l’OSM dirigé par Keri-Lynn Wilson. Jusqu’au 6 février à la Place des Arts.

 

Quelques extraits musicaux pour vous enchanter les oreilles!

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3 Commentaires

  • Répondre Aida de Verdi, à l'Opéra de Montréal | Web et Mascara 20 septembre 2016 a 12 h 02 min

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  • Répondre [Opéra] Dialogues des Carmélites de Poulenc, un opéra en français | Web et Mascara 31 janvier 2017 a 12 h 09 min

    […] aigu – Je le remarquais déjà, d’ailleurs, dans le rôle de Cassio dans l’opéra Otello… Notre relation date quand même de quelques […]

  • Répondre [Événement] Tosca, à l'Opéra | Web et Mascara 16 septembre 2017 a 17 h 55 min

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