Culture, Théâtre

[Culture] [Théâtre] Le prince des jouisseurs

Il me semble que le théâtre contemporain a tendance à nous ancrer dans la réalité, que ce soit par ses personnages réalistes, tout en complexité et en humanité, ou par ses thèmes durs qui font réfléchir. J’ai l’impression de souvent ressortir du théâtre le vague à l’âme et l’esprit occupé ces derniers temps.

Pas que ce ne soit pas agréable de se remettre un peu en question, remarquez.

Seulement, Le prince des jouisseurs est tout l’inverse, une vraie bouffée de fraîcheur. Je ne compte plus les années depuis mon dernier vaudeville. Un vrai de vrai, avec son lot de quiproquos et de malentendus, de maîtresses cachées sous le lit et de culottes à terre, typique du style. La pièce se veut une interprétation biographique des derniers moments de la vie du flamboyant Georges Feydeau, grand maître du théâtre de boulevard. Rendue avec tout le style et le rythme qui a fait la renommée de Feydeau, la pièce fait rire mais sait émouvoir, peignant un portrait vibrant du dramaturge, à saveur de comédie tragique.

Bien sûr, quand on n’a pas la papille théâtrale adaptée au style, les premières minutes surprennent : personnages caricaturaux, envolées passionnées et jeu d’acteur exagéré jusqu’à la démesure, le vaudeville ne fait certes pas dans la subtilité.

Une mention toute spéciale à la brochette d’acteurs époustouflants qui donnent vie à la comédie. Alain Zouvi, dans le rôle de Feydeau, livre une performance incroyable. Inépuisable, il enchaîne les discours rythmés et passionnés du personnage sans jamais laisser s’essouffler les dialogues. Jonathan Michaud, dans le rôle du fils coincé et maniéré, passe d’un extrême à l’autre du personnage au fil de la pièce sans sourciller et surprend par sa polyvalence. Puisque ce genre de personnages semble lui coller à la peau, il n’est pas surprenant que Frédéric Desager participe largement au comique de la pièce dans son rôle de vieux directeur de théâtre déployant tout l’enthousiasme de sa sexualité retrouvée…

Si l’intrigue est un peu prévisible, l’interprétation magistrale rachète tout. Mieux qu’un spectacle d’humour, on ressort du Prince des jouisseurs le cœur léger, la larme à l’œil et le sourire aux lèvres.

Une belle réussite de Gabriel Sabourin, mise en scène par Normand Chouinard au Théâtre du Rideau Vert.

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