Culture, Danse

[Danse] XENOS d’Akram Khan – Whose war is this?

On est arrivés en retard à cause de la neige, zéro stationnement nulle part. La salle est barrée les 15 premières minutes du spectacle pour faire entrer tous les retardataires en même temps et ne pas déranger 15 fois les gens qui ont eu la présence d’esprit de partir d’avance.

On a donc regardé le début du show sur la télé qui le retransmet en direct dans le lobby. Akram est seul à danser sur scène en dhoti kurta blanc accompagné de deux musiciens en arrière-plan, dans un décor banal de salon oriental. L’ambiance est joyeuse, la danse, joviale et la musique, entraînante.

Lorsqu’on entre finalement dans la salle, l’éclairage s’obscurcit. Les meubles commencent à gravir la pente à 45 degrés qui occupe plus de la moitié de la scène, traînés par des cordes qui les tirent inexorablement vers le fond, laissant derrière un décor dépouillé et sombre. Le danseur est seul, tente de retenir les objets de son quotidien qui sont lui sont arrachés.

Akram Khan Company XENOS

Photo © Tristram Kenton Interprète Akram Khan.

Du sable est jeté sur la pente. Un décor de décombres, de lendemain d’apocalypse prend forme grâce à l’éclairage. Les musiciens, suspendus dans l’espace en retrait, entretiennent une ambiance inquiétante où la musique et le bruit prennent toute la place.

L’angoisse, la détresse de la guerre avalent la scène, un vieux gramophone métamorphosé en spotlight balaie la zone à la recherche du danseur qui ne se reconnaît plus, se meut inconfortablement dans sa nouvelle réalité, fuit, fait volte face, salue lorsqu’on le lui demande, se terre au son des balles. La trame sonore fait entendre des soldats qui se racontent, accompagnés par le vocaliste Aditya Prakash dont la voix modulée évoque les chants traditionnel indiens ou l’appel des muezzins.

L’ensemble est troublant, profondément humain. J’ai les yeux mouillés, le visage crispé. ‘Whose war? Whose fire? Whose hand is this?les soldats que l’on entend parlent des victimes, de leur propre mort, d’actes de guerre, de l’humanité face à l’horreur. XENOS – étranger, l’Autre. Mais aussi étranger à soi-même.

La légendaire et vibrante présence d’Akram Khan sur la scène est plus puissante que jamais, les mouvements fluides et désarticulés qui font sa signature se font plus discrets mais sont toujours surprenants, à mi-chemin entre le kathak classique et la danse contemporaine, la beauté des gestes aussi hypnotisante que dans Until The Lions, le dernier spectacle qui lui a valu l’admiration du public.

Un spectacle violent, troublant, émouvant, qui pose des questions profondes sur la nature humaine, ses erreurs et les leçons à en tirer.

XENOS, d’Akram Khan Company, présenté par Danse Danse jusqu’au 16 février à la salle Maisonneuve de la Place des Arts.

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