Culture, Entrevues

[Entrevue] Un après-midi Rouge Pompier

C’est lors d’un mercredi ensoleillé, en écoutant la chanson Ver de terre sur repeat, que je suis allée rejoindre ma chère collègue Audrey G. aux bureaux de Slam Disques pour rencontrer Jessy Fuchs, guitariste et chanteur de Rouge Pompier/ex-bassiste du groupe eXterio/président de Slam Disques, ainsi que ses sympathiques collègues Geneviève Sirois et Emma-Geneviève Murray St-Louis.

D’emblée, Jessy nous a mises à l’aise en disant qu’avec une seule question, comme sa couleur préférée, il peut parler pendant des heures… et il n’avait pas tort! Découvrez avec nous les réponses que nous avons eues à nos questions lors de ces deux heures d’entrevue!

 

Fuchs_1W&M : Tout d’abord, peux-tu nous dire d’où vient le nom « Rouge Pompier »?

Jessy : J’avais déjà le nom en tête avant de parler avec Alex.

Depuis environ septembre 2011, je l’avais réservé un peu partout, même pour les sites web. Je m’étais dit que si un jour, j’avais un autre groupe [après eXterio], je voulais qu’il se nomme « Rouge Pompier ».

J’ai trouvé ce nom alors que j’étais dans ma voiture. J’écoutais la radio et deux personnes discutaient. Un des deux a dit que tel truc était rouge, l’autre a demandé « quelle sorte de rouge? » et la personne a répondu « rouge pompier ». Je trouvais que « rouge pompier » se disait bien, 3 syllabes, rien de compliqué, clair et punché. Je trouvais vraiment que c’était un bon nom de groupe.

 

Avec un nom de groupe pareil, avez-vous pensé à faire un calendrier de pompiers? Comme le fameux calendrier de pompiers sexy que les femmes s’arrachent.

Pour le vinyle, on voulait que la pochette à l’intérieur, ça soit un calendrier. Ça aurait été cool! Donc, tu as [le vinyle de] Rouge Pompier, tu sors la pochette pour les paroles et c’est en forme de calendrier. Mais le problème était l’année après le lancement, le calendrier aurait été désuet.

On devrait faire un super calendrier « multiannées » où chaque feuille est une année. Donc là il faudrait juste des photos pas sexy d’Alex et moi en pompiers, mais on est super pas cut. Ça serait parfait. Il faudrait que ça soit très autodérisoire. Disons que les pompiers sexy n’ont pas l’air de moi dans la vraie vie! [Rires]

 

Parlons justement d’Alex, drummer de Rouge Pompier. Comment en êtes-vous venus à jouer ensemble?

Alex jouait dans un groupe qui s’appelle Chapter. Il a joué dans ce groupe-là pendant environ 10 ans. Pendant ces 10 ans-là, on s’est croisés : on faisait des spectacles ensemble, eXterio et Chapter. Je parle de 2001, 2002 environ. Quand mon groupe s’est terminé, le sien aussi a pris fin. On s’est retrouvés tous les deux “orphelins”. Je m’étais toujours souvenu qu’il avait été le drummer le plus cool à regarder en spectacle. Je m’étais dit que si j’avais un groupe, ça serait avec un gars comme lui que je voudrais le faire. Ça a adonné qu’il était disponible. C’est là que je lui ai demandé si ça lui tentait de partir un groupe, à 33-34 ans, avec une famille et tout? Il a regardé ça de son côté et a décidé d’essayer. Finalement, c’est parti en fou.

 

Visiez-vous d’emblée de faire ça sérieusement ou avez-vous décidé de jammer juste pour le plaisir?

On s’est lancés pour être sérieux, mais pas aussi sérieux que les autres projets. Par exemple, on s’est dit que si ça ne fonctionnait pas, ce n’est pas grave.

eXterio, j’allais travailler jusqu’à ce que mon groupe marche et c’est ce qui fait que ça a pris 10-12 ans avant que ça commence à avoir quelque chose. Quand c’est parti, je n’ai pas lâché le morceau. Par contre, c’était un peu maladif. À un certain point, les petits problèmes deviennent de gros problèmes quand dans le fond, ce ne sont même pas de vrais problèmes.

Avec Rouge Pompier, les problèmes, il n’y en a pas. Si ça ne marche pas, ce n’est pas grave. Si ça marche, tant mieux. C’est tout. Il y a plus un lâcher-prise. Par contre, c’est sérieux. On est contents de sortir des albums, de faire des vidéoclips. Ça nous intéresse de vendre des disques et d’avoir des chansons qui passent à la radio, sauf qu’on ne s’en fait pas si on se fait refuser.

 

Est-ce que vous vous attendiez à avoir autant de succès?

Non. [Rire]

 

Fuchs_2J’ai cru comprendre que c’était votre dernier spectacle jeudi le 8 mai. Que planifiez-vous pour le reste de l’année et pour 2015?

En fait, c’était le dernier spectacle à Montréal, mais on va faire quelques spectacles en région. On en a de prévus jusqu’à la fin de l’été, entre autres dans des festivals. 

Pour 2015, on travaille sur un nouvel album qui s’intitulera Chevy Chase. On est très contents de ce nom. On a demandé à un grand nombre de personnes, après Kevin Bacon, quel acteur serait le nom de notre prochain album. Pendant une cinquantaine de spectacles, on a pris des suggestions. Le seul qui n’est pas sorti et que nous on aimait vraiment, c’est Chevy Chase. C’est pour ça qu’on a pris celui-là! [Rire]

Comme pour le premier album, le titre n’aura aucun rapport avec le contenu. Sauf que ça fait parler. Les gens pourront dire « moi je préfère Kevin Bacon, moi j’aime mieux Chevy Chase. » Si un jour, c’est Val Kilmer, ce sera Val Kilmer! L’important pour nous, c’est que les gens puissent identifier les albums par un nom d’acteur. 

On a déjà composé une quarantaine de chansons. Ça risque de sortir seulement en mars 2015. Notre but, c’est que les gens se disent que ce nouvel album est aussi bon que le premier.

 

Doit-on s’attendre au même son que l’album Kevin Bacon?

Je souhaite que ça soit comme le premier parce que je ne veux pas que les gens aient peur. Si on leur donne tout de suite quelque chose de trop différent, ils risquent de décrocher. Je n’ai pas envie qu’ils se disent que c’était mieux avant. Évidemment, avec le temps, il y aura certains changements, mais rien de drastique. On sera toujours deux, ça sera le même genre de rock, mais les chansons seront différentes et surtout, on souhaite qu’elles soient bonnes.

Au premier album, les gens n’ont rien à quoi comparer, donc ils aiment ça. Au deuxième, on doit faire de meilleures chansons pour que les gens oublient le reste.

 

Quelle est la visée de vos textes, est-ce qu’on doit leur chercher un deuxième sens?

Des textes à second degré, des fois, il y en a, mais personne ne s’en rend compte. [Rire] Par exemple, dans l’une des chansons de Kevin Bacon, le sujet semble être “x”, mais en fait c’est une métaphore. Personne ne la voit cette métaphore, mais c’est notre petit secret à Alex et à moi. Un peu comme notre fierté personnelle. [W&M a essayé de lui tirer les vers du nez, mais sans succès!]

Pour les sujets visés, il n’y en a pas vraiment de précis. Ce qui importe, c’est qu’Alex et moi, on a envie de parler de ce sujet. Par exemple, si on est assis ensemble et qu’on jase de quelque chose, d’un sujet qui nous convient à tous les deux, je vais sans aucun problème vouloir l’intégrer dans une chanson de Rouge Pompier. Donc, quand on a des discussions, j’en fais souvent un texte. Que ce soit en route ou en spectacle, je me prends des notes et j’en développe un texte. C’est ce qui amène la couleur Rouge Pompier.

C’est important pour moi d’intégrer Alex le plus possible dans le projet. Je ne veux pas qu’il ait l’air d’être « juste le drummer ». Je veux qu’on puisse goûter au fait qu’on est deux là dedans. 

 

Fuchs_4À part vos discussions, qu’est-ce qui influence vos chansons? Autant au niveau des textes qu’au niveau musical.

Si on trouve une expression ou une suite de mots qui se dit bien, qu’on s’y arrête et qu’on trouve qu’elle a bon goût, on va la prendre en note et voir si on peut la transformer en chanson. Ce qui fait qu’une chanson est bonne, c’est si ça sonne bien et que personne n’avait pas pensé à l’utiliser de cette façon avant nous.

Par exemple, la chanson Paul est partie du mot « automobile », mais l’histoire n’avait pas rapport avec « Paul ». C’était simplement parce qu’on trouvait que le mot « automobile » était au bon endroit sur la mélodie. Puis, la phrase « T’es mort dans ton automobile » est venue, lorsqu’Alex m’a raconté qu’une fois, il connaissait quelqu’un au travail qui avait essayé de se suicider dans son auto. On a commencé à discuter de ça et on a développé le texte autour de son histoire.

Ça a donné une chanson joyeuse avec le pire des textes, quelque chose de sombre avec un air de comptine. Et les gens en spectacle chantent ça avec nous : “Quess tu fais là Paul // T’es mort dans ton automobile” sans même se rendre compte qu’ils semblent se réjouir de la mort de quelqu’un. 

 

En étant un duo, tu dois jouer le rôle de la basse et de la guitare avec un seul instrument. Comment fais-tu pour offrir ce son aussi unique?

Comme on est un groupe de deux, je joue de la guitare que j’accorde d’une façon particulière, je la “drop” comme on dit dans le milieu. En étant plusieurs tons plus graves que la normale, j’arrive à aller chercher quelque chose qui ressemble aux petites cordes de la basse, mais aussi des notes plus aiguës comme la guitare.

 

Mais joues-tu avec les techniques d’un bassiste ou d’un guitariste?

Surtout celles d’un guitariste. Disons qu’avec mes doigts, je fais surtout ce qu’un bassiste ferait, mais je fais souvent plusieurs notes, ce que tu ne fais pas habituellement avec une basse.

Donc la technique ressemble beaucoup à celle d’un guitariste, mais le son, à celui d’une basse. C’est vraiment un bon mélange, à mon avis, et les gens n’arrivent souvent pas à déterminer de quel instrument je joue. Les yeux fermés, ils s’imaginent habituellement que c’est de la basse qu’ils entendent, peut-être un peu à cause de mon background de bassiste. 

 

On t’a connu d’abord en tant que bassiste dans eXterio. Quelle est la différence entre ton groupe précédent et Rouge Pompier?

La différence de son entre eXterio et Rouge Pompier, je crois vraiment que c’est le drummer, parce que les idées viennent de la même personne, moi. Dan [drummer d’eXterio] avait ses propres influences et ça amenait les chansons à sonner comme eXterio. Alex a ses propres influences et son historique de drummer bien à lui. Pour un même riff de guitare, il joue donc quelque chose que Dan aurait joué tout à fait différemment. Ça, ça amène un son différent. 

Il y a aussi le fait que dans Rouge Pompier, c’est moi qui chante. La différence de voix est immense entre les deux. Aussi, dans Rouge Pompier, les arrangements vocaux sont minimalistes puisqu’on est deux.

 

Rouge Pompier, c’est un duo. On est plutôt habitués de voir des groupes de 4 personnes dans l’univers du rock. Comment remplissez-vous la scène à deux pour offrir un bon spectacle?

Habituellement, il y a un drum à l’arrière et trois gars en avant. Nous, on ne peut pas faire ça, j’aurais l’air tout seul à l’avant.

Notre position sur scène est donc très importante : on joue toujours face à face. Quand on joue ensemble, c’est vraiment comme si on jouait ici, au local [de pratique], c’est-à-dire qu’on se regarde tout le temps. On interprète le spectacle l’un pour l’autre et on a du fun à se regarder jouer. Ça, c’est ce que le public voit.

Cependant, cette formule n’est pas une communication directe avec le public. J’ai deux micros : un face à Alex et un face au public. De temps en temps, je me retourne vers les gens et je peux les regarder et c’est ça qui frappe. Quand je le fais, c’est généralement pour un moment important, par exemple si j’ai besoin que le public chante ou si je veux leur parler. À ce moment-là, j’ai toute l’attention du public. Je me retourne vers eux et paf!, c’est la folie! C’est là que la communication commence et qu’on fait embarquer le public. 

 

Fuchs_3Si vous aviez le choix, sur quelle scène se produirait Rouge Pompier?

On appréhendait beaucoup de jouer aux Francofolies. Je l’avais déjà fait, mais pas Alex. Cependant, lorsqu’on y a été, on est un peu restés sur notre faim : il a plu à torrents, ça n’a pas été à la hauteur de ce qu’on avait espéré.

Maintenant, ça serait probablement les plaines [d’Abraham]. J’y avais été avec eXterio pour la Saint-Jean-Baptiste, mais encore une fois, on a été malchanceux avec la température. J’ai expliqué à Alex que c’est fou : tu joues sur une immense scène devant des milliers et des milliers de personnes. Par exemple, les Cowboys Fringants jouaient juste avant nous, les Vulgaires Machins étaient aussi là. Il y avait au moins 150 000 personnes. C’était vraiment impressionnant. Si je me le refaisais proposer, j’irais avec Rouge Pompier. C’est probablement la plus grosse foule que tu peux avoir, sur les plaines, comparativement à ce qu’un bar peut offrir.

 

Est-ce qu’il y a un groupe dont vous rêvez de faire la première partie?

On aime vraiment beaucoup le groupe Gros Méné et Mononc’ Serge. On a d’ailleurs déjà fait la première partie d’un spectacle de Mononc’ Serge. On a aussi déjà fait la première partie d’un festival avec Gros Méné, mais on les aime tellement qu’on tournerait toujours avec eux si on le pouvait. C’est un groupe qu’on admire, on est vraiment fans! Au point où, en arrière-scène, on a à peine osé leur parler, juste pour prendre une photo!  

Sinon, Alex et moi sommes évidemment fans de plusieurs groupes des années 1990. Malheureusement, on ne serait pas un bon groupe de première partie parce qu’on est francophones et eux sont des groupes américains anglophones. Je dois quand même admettre que si un jour, on pouvait faire la première partie des Foo Fighters ou de Silverchair, on pourrait arrêter Rouge Pompier ensuite et ça ne serait pas grave! On fermerait sur une note positive! [Rire]

Dave Grohl [chanteur des Foo Fighters], c’est vraiment mon mentor. Tout ce qu’il fait, je pense que c’est bon! Il n’y a pas beaucoup de gens comme lui, et ceux-là, ce n’est pas pour rien qu’ils sont là. Si tu t’inspires de gens qui ont de mauvaises habitudes, de mauvaises idées, ça va se refléter sur toi. Mais Dave Grohl, lui, c’est un homme vraiment intelligent. Nicest guy of rock’n’roll!

 

Si tu pouvais faire la collaboration de ton choix avec un artiste, qui choisirais-tu?

Au niveau local, ça serait Vincent Peake, le chanteur de Groovy Aadvark. Pour nous, Vincent Peake, c’est l’équivalent de Dave Grohl au Québec. Peut-être qu’un jour j’oserai lui demander de faire une collaboration et il dirait probablement oui vu que je le connais quand même bien. Je l’ai déjà vu faire des collaborations avec d’autres groupes. Pour Rouge Pompier, il faudrait choisir le bon moment, parce qu’une telle collaboration, tu ne la fais pas 20 fois. Si tu le fais, il faut que ce soit bon.

À l’international, je ne veux pas nommer Dave Grohl, parce que c’est évident. Par contre, un artiste qui pourrait vraiment bien sonner avec Rouge Pompier, je crois que ça serait le chanteur de Weezer [Rivers Cuomo]. Ça paraîtrait probablement très bien, ça serait tellement cool!

 

Jessy, tu es évidemment reconnu pour ta musique, mais ce que certains ignorent, c’est que tu gères aussi une maison de disques, Slam Disques, qui produit des artistes tels que Ok Volca, Oktoplut et On a créé un monstre. Où voyez-vous Slam Disques dans 10 ans?

J’aimerais que ça soit exactement pareil, sauf avoir une porte pour aller sur le toit, parce qu’il faut présentement passer par la fenêtre pour accéder à la terrasse! Aussi, on s’est dit qu’on allait avoir un bateau. Pas un ponton. On veut un vrai gros Slambateau. Un yacht.

 

Définitivement, on en veut tous des patrons comme lui!

 
L’équipe de Web & Mascara remercie Jessy Fuchs et les filles de Slam Disques de nous avoir accordé cette entrevue 🙂

Entrevue Slam Disques

 

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