Histoire de filles, Santé & Sexualité

[Histoire de filles] La fois où j’ai perdu 250 lbs – Partie 3 : Le déclic

Une fois, au secondaire, j’étais tombée sans connaissance. C’est un de mes frères qui était venu me chercher et il m’avait pesé. La balance avait affiché 320 lbs. J’avais 14 ans et j’étais plus lourde que mon frère plus vieux de 10 ans.

Je pourrais faire un roman complet avec le bordel qu’a été mon secondaire, mais je ferai ça court: les jeunes sont méchants. Spécialement quand un des leurs a une différence quelconque: trop petit, trop grand, trop mince, trop gros, trop roux, pas assez de seins, trop de seins, du poil sur les bras (ben oui, y’a un niaiseux qui se faisait un PLAISIR de me niaiser avec ça).

Alors imaginez… J’étais une fille obèse qui s’habillait avec des faux t-shirts Nike, des faux pantalons Adidas ou encore mes pantalons préférés: des pantalons cargo ORANGE. Tsé, ceux qui pouvaient se dézipper à la hauteur du genou et qui devenaient des shorts? J’en avais deux paires pareilles que j’ai usées à la corde. Je les portais sans cesse et ça a même fait partie des moqueries: “Jennyfer porte toujours les mêmes pantalons.” Rajoutez à ça les cheveux frisés, pas de maquillage et vous avez la recette miracle!

Quelques années plus tard, je m’étais retrouvée à l’hôpital parce que j’avais eu un malaise et mon médecin avait eu peur pour mon cœur. Dieu merci, tout était correct, mais j’avais eu vraiment peur. (Pas assez pour changer, faut croire!)

J’avais de la misère à attacher mes souliers à cause de ma bédaine. Je me retrouvais maintenant à devoir prendre une pause au milieu de l’escalier qui mène chez moi au 2e étage parce que j’étais à bout de souffle. Ma mère a des problèmes de genoux, mais c’est quand même moi qui devais lui demander de ralentir le pas et m’attendre quand on marchait.

Plusieurs personnes de mon entourage m’avaient fait part de leurs inquiétudes face à mon poids et je savais qu’ils avaient raison, mais à la grosseur que j’avais, je voyais ça comme un objectif monstre. L’idée de perdre du poids était toujours omniprésente dans ma tête. Bien sûr, je m’étais déjà demandé ce que ça ferait si j’étais mince, je rêvais de pouvoir m’acheter des vêtements dans les boutiques régulières, mais je n’avais même jamais envisagé SÉRIEUSEMENT d’atteindre un poids santé. Ça me paraissait inaccessible. Je ne savais pas par où commencer, ni quoi faire, alors je mettais ça de côté.

Les gens sont souvent curieux de connaître mon histoire, savoir comment j’ai eu LE déclic.

Je me souviens du moment précis où j’ai décidé que j’en avais assez et que ma vie devait changer…

Le soir fatidique du 6 août 2013

C’était le 6 août 2013. J’étais au Centre Bell avec une amie pour assister au spectacle des Backstreet Boys. Je trippe tellement sur eux (je t’en ai d’ailleurs déjà glissé un mot ICI). J’écoute encore, à ce jour, leurs tounes régulièrement et je me souviens encore de la danse qu’ils font dans le clip de Larger than life. Je les aime depuis toujours (pas le droit de juger!), et je n’avais jamais pu assister à un de leurs spectacles. Alors en tant que fille pas mariée et sans enfants, c’était probablement une des plus belles journées de ma vie!

On décide donc de se rejoindre au métro, trouver une place pour passer le temps un peu, boire un café glacé et se mettre à jour dans nos nouvelles. On commence à marcher dehors. Évidemment, on est en plein mois d’août alors il fait CHAUD! Malheureusement pour moi, on doit monter une (mini) côte et j’ai de la misère à suivre. Je sue comme un porc, je suis rouge homard, je sens mon cœur battre dans mes tempes mais je ne veux rien dire parce que j’ai honte (sans oublier que je suis très orgueilleuse) de ne pas être capable de suivre comme je voudrais. C’est difficile de s’admettre qu’à 25 ans, t’es à bout de souffle après avoir marché 5 minutes, canicule ou pas.

On se rafraîchi, et rendues au Centre Bell, on cherche notre place. Je prie intérieurement pour qu’on soit au bout d’une rangée parce que je me doute bien de ce qui s’en vient… MALHEUR, on est dans le milieu d’une rangée d’environ 10 bancs. Je prends mon courage à deux mains et je viens pour m’asseoir. La honte… Je n’arrive pas à m’asseoir sur le banc. News flash : mon cul n’entre pas là où des millions de culs se sont posés auparavant. Au risque de me répéter, je suis orgueilleuse alors je fais encore comme si de rien était et je finis par réussir à m’asseoir tant bien que mal. Le siège voisin était vide alors je me suis assise en mettant mes jambes sur le côté.  Mais mon « bonheur » ne fût que de courte durée car qui est-ce que je vois arriver? La fille qui occupe le banc vide. Je débordais déjà de partout, mais ça a l’air qu’il fallait ajouter un degré de difficulté. Je “squeeze” donc mes jambes/genoux en les accotant sur le banc de la rangée devant… La fille d’à côté essaie subtilement de se coller sur son chum pour me faire de la place mais ce n’est clairement pas assez.

Petite parenthèse : ce n’est pas parce qu’on est obèse qu’on est cave. Mettons quelques trucs au clair :

  • On réalise qu’on est gros.
  • On le voit, tout comme toi, que nos bras et nos jambes jigglent quand on marche.
  • On le sait bien, que manger un trio big-mac avec 4 croquettes de poulet et un sundae, c’est trop.
  • On sait que c’est pas normal d’avoir une petite maudite voix qui nous dit qu’on a encore faim après tout ça.
  • On sait que c’est pas correct que la SEULE motivation qui nous retient d’acheter autre chose à manger, ça soit la peur d’être jugée par la caissière du resto ou encore par les clients qui pourraient nous voir. Qu’est-ce qu’ils diraient?
  • On sait qu’on a chaud bien plus vite que toi.
  • On sait que c’est niaiseux de manquer volontairement le bus juste parce qu’on ne veut pas courir pour l’attraper.
  • On sait que ça n’a juste pas de bon sens, mais souvent, il y a autre chose qui se cache sous notre amour de la bouffe.

Même si tu juges, que tu nous regardes sans cesse et admires toutes nos vergetures une par une et que tu comptes les plis de peau qu’on a, ça ne changera rien à notre physique. Ça va juste rendre tout le monde VRAIMENT mal à l’aise.

Fin de la parenthèse!  *

Je suis très consciente que les gens autour m’ont vue rusher ma vie pour m’asseoir, ce soir-là. Ça faisait à peine 5 minutes qu’on était là, j’avais déjà MAL, je n’étais clairement pas confortable et j’avais juste hâte que ça commence pour pouvoir me lever, chanter, et oublier ce moment… Les regards insistants et le chuchotement n’ont pas aidé ma cause.

Bref, le show commence, je me lève, je capote, je crie, je prends des photos. Je vis mon rêve de petite fille! Mais après 3-4 chansons, j’ai mal aux jambes et je suis déjà épuisée d’être debout… Mes genoux font mal d’avoir été écrasés contre le banc et chaque fois que je bouge, je le ressens. J’attends une chanson plus slow que j’aime moins et je réessaye de m’asseoir… Imaginez mes cuisses et mes hanches qui sont enflées de la première frasque. Hé bien elles sont maintenant écrasées par le banc 2 fois trop petit. J’ai dû faire ça une dizaine de fois, je crois… M’asseoir et me relever. J’ai regardé partout, et plusieurs personnes faisaient la même chose, y compris mon amie, mais je n’ai vu personne avoir de la difficulté comme j’en avais.

En sortant du Centre Bell, on a marché pour se rendre à un taxi et j’avais malllllll juste à marcher. J’ai mis ça sur le fait d’avoir été coincée pendant 3h, mais j’ai compris le lendemain. Je me suis réveillée avec des bleus ÉNORMES de chaque côté… Et j’en ai eu assez, ça faisait beaucoup trop longtemps que je vivais avec ça.

J’imagine qu’il ne me manquait seulement le déclic, la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Hé bien mon déclic, je l’ai eu grâce aux Backstreet Boys!

C’était le 6 août 2013.
Le 13 août, je m’inscrivais au gym et j’ai fait mon premier entraînement le 19 août!

Dans mes jours les plus difficiles, je repense à ces bleus et je me dis que ce n’est pas comme ça que je veux vivre… Je ne veux pas retourner là, et PERSONNE ne devrait avoir à vivre comme ça.

J’avoue que c’est dur pour moi de vous raconter ça. Vous comprendrez que c’est assez gênant! MAIS, je suis certaine que vous allez avoir une pensée pour moi la prochaine fois que vous serez au Centre Bell…

Malgré une soirée riche en émotions, je ne regrette rien. Après tout, si je n’avais pas vécu cette journée, je serais peut-être en train de m’enfoncer encore plus…

Je savais que c’était un moment important dans ma vie, mais jamais je ne me serais douté que ma vie ne serait plus jamais la même…

[Source: pinterest.com]

* C’est en relisant mon texte que je me suis rendue compte que je parle encore au « nous »… Parfois, dans ma tête et dans mes yeux, je me vois encore comme avant. Ce sera le sujet d’un autre texte!  😉
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