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[Histoire de filles] Profites de la vie

Jusqu’à tout récemment j’étais là, moi, à profiter de la vie avec intensité, confiance et amour. Le sens de « profiter de la vie » est certainement bien différent pour chaque personne. Chacun ayant son vécu, ses succès et ses épreuves qui influencent le parcours de ses convictions.

Pour ma part, à 36 ans, j’avais réalisé que la vie c’était maintenant, qu’elle était précieuse et que je devais en profiter au maximum. Ma petite histoire a certainement beaucoup à voir avec ce cheminement. 

J’ai eu le privilège de grandir dans une maison remplie d’amour avec mes parents, ma sœur et mon frère. On aimait parler, jouer, rêver ensemble et se chamailler aussi, comme dans toute belle fratrie. Nous étions le centre d’intérêt de nos parents, ils ont travaillé dur pour s’assurer que nous ne manquions absolument de rien. Mes parents aimaient rêver et se projeter au moment de leur retraite, ils souhaitaient voyager et se gâter. 

Malheureusement, lorsque j’avais 18 ans, mon père nous a soudainement quitté à la suite de complications d’une chirurgie cardiaque. À 49 ans, il était à l’aube de sa retraite dont il avait tant rêvée.  C’était un papa parfait qui allait veiller maintenant sur sa petite famille du haut des nuages. 

Crédit photo: Roxanne Besner

Le choc a été terrible pour toute la famille, mais nous avons su nous reconstruire, se ressouder, reprendre goût à la vie, au bonheur et nous avons poursuivi. Ma mère a été exceptionnelle dans toute cette épreuve, elle a continué à se battre pour nous; ses trois enfants qui effectuaient leur entrée dans la cour des grands. Elle a fait de la magie pour nous épauler avec une  patience et un amour exemplaires dans nos vies, dans nos études et dans nos cheminements parfois sinueux vers le monde des adultes. Elle s’est sacrifiée aussi pour s’assurer que ses trois enfants ne manquaient de rien, reportant certains de ses rêves à plus tard. Pour elle, l’important c’était nous. Nous sommes tous finalement devenus bien autonomes dans nos vies avec chacun un bon emploi, nous nous épanouissions dans nos projets de vie. Ma soeur et mon frère ont trouvé l’amour et mis au monde des superbes enfants qui ont tellement fait le bonheur de ma mère. Et pour moi, l’amoureux se cache toujours. Ma mère a vendu la maison familiale après notre départ, elle a trouvé une magnifique petite maison parfaite pour elle, s’est mise à voyager, à penser enfin à elle et à planifier sa retraite qui approchait.

Crédit photo: Roxanne Besner

Pour ma part, j’ai trouvé un travail comme infirmière à l’urgence qui me passionne, une équipe de travail formidable et des ami(e)s exceptionnel(le)s. J’ai réalisé tôt que je n’allais pas attendre à ma retraite pour réaliser mes rêves. Je rêvais de surfer, j’ai appris à surfer. Je voulais voyager, j’ai voyagé. Je n’avais pas envie d’avoir une hypothèque qui me couperait les vivres : alors j’ai trainé en appartement, longtemps, procrastinant sur le projet de payer une maison en solo. Je ne voulais pas d’un travail à temps plein, je préférais travailler 4 jours par semaine pour d’avantage profiter de cette précieuse vie. J’enchaînais les voyages, je voulais voir le monde et surfer plein de vagues. Je faisais attention à moi : pour moi, la santé, c’est primordial et c’est un immense privilège. Alors je m’alimentais bien, depuis mes 30 ans je cours 5 à 15 km par semaine et ma passion pour le sport n’a cessée de croître ajoutant la natation et le tissu aérien à mon arc. Non, mais ma planche de surf n’avancera pas toute seule quand même! 

Cependant un jour ma belle petite vie a repris une tournure amère. À peine entrée de voyage en 2014, j’ai amené ma mère consulter car elle souffrait d’un sévère céphalée. Je croyais bien qu’elle n’avait qu’une migraine et qu’elle était seulement épuisée. Et bien finalement, c’est le diagnostic de Glioblastome, une tumeur cérébrale de stade 4, avec lequel elle est ressortie. Un autre choc pour toute la famille. Ma mère était en excellente santé et elle venait de signer sa retraite, dont elle avait tant rêvée et travaillée si dure.  

Nous l’avons accompagné dans son combat, un combat pénible de 2 ans. Voir sa mère perdre graduellement ses capacités mentales, son bon jugement et son assurance. La voir petit à petit devenir dépendante de tous ses proches. Elle qui était si forte, si déterminée, si orgueilleuse de préserver son autonomie, cela a été hautement éprouvant pour mon cœur de petite fille et bien sûr pour toute la famille. On s’est à nouveau soudé encore plus fort ma sœur, mon frère et leurs petites familles.  Ma mère nous a quitté à l’âge de 59 ans. Encore une fois, ma vie venait de se faire secouer, alors que j’avais 34 ans. 

Crédit photo: Roxanne Besner

Mon idée de profiter de la vie maintenant et de ne jamais attendre à plus tard pour faire ce que je souhaite c’est encore plus intensifiée. J’ai récupéré la magnifique maison de ma mère que j’ai rénovée pour me sentir chez moi. Ma maison, c’est comme mon chalet, mon petit lieu pour profiter du bon temps, à quelques mètres du lac en plus! L’été, je prends ma planche à pagaie et je vais savourer mon café les pieds dans le lac. Non mais, si ce n’est pas le bonheur ça! J’ai certainement continué d’apposer des estampes dans mon passeport, j’ai même pris du sans solde au travail pour avoir un estampe ou 2 de plus. Bien sûr que mon travail d’infirmière m’a sensibilisé à ce privilège soit celui d’être en santé et de pouvoir en profiter. Des histoires d’horreur, j’en ai vues beaucoup, vous pouvez certainement vous l’imaginez. Depuis le décès de ma mère, j’ai cessé de faire du temps supplémentaire, j’essayais de vivre avec ce qu’il y avait dans mon compte. Je profitais de la vie, j’étais heureuse, j’étais en super forme physique, j’avais des amies et une famille plus que parfaite, le bonheur quoi! Après toutes ces épreuves, ce bon temps était plus que le bienvenu. 

L’automne dernier, j’ai cependant dû me faire à l’idée qu’il restait encore des nuages gris au-dessus de ma tête. Alors que j’avais 36 ans, j’ai appris que j’allais avoir à me battre moi aussi.  Alors que j’étais au sommet de ma forme, de ma bonne humeur et de mon amour pour la vie, j’ai ressenti quelques mois plus tôt une petite masse à un sein. Suite à l’investigation, elle s’est finalement avérée être un cancer du sein de stade 2. 

Quand on est en excellente forme physique, on se croit à l’abri. Quand on sait déjà que la vie c’est précieux, on se croit à l’abri. Quand on fait attention à soi, qu’on s’alimente bien, on se croit à l’abri. Quand on profite de la vie, on se croit à l’abri. Quand on appose pleins d’estampes dans son passeport, on se croit à l’abri. Quand on est entouré d’une famille merveilleuse et de bons ami(e)s, on se croit à l’abri. Quand on ose,  quand qu’on a la fougue, qu’on vit avec passion, on se croit à l’abri. Quand on a choisi de ne pas avoir un château et de vivre modiquement, on se croit à l’abri. Quand on a réalisé qu’il ne faut pas attendre sa retraite pour réaliser ses rêves, on se croit à l’abri. Quand on déjà perdu ses parents trop tôt dans la vie, on se croit à l’abri. Quand on a déjà accompagné un parent dans le combat contre le cancer, il y a à peine 2 ans, on se croit à l’abri. Quand on porte l’uniforme, on se croit à l’abri.  

La vie vient de m’apprendre, que tu auras beau mettre toutes les chances de ton côté, il y aura rien que l’on peut faire pour se procurer un billet blindé contre la maladie,  peu importe qui on est. Je vais devoir me battre contre le cancer à mon tour. Je suis tombée de haut et mon entourage également quand j’ai appris la nouvelle. 

Crédit photo: Roxanne Besner

Je suis certainement chanceuse dans ma malchance, car j’ai un cancer qui se guérira bien. J’ai eu une chirurgie en décembre dernier qui s’est bien déroulée, mes traitements de chimiothérapie ont débutés il y a quelques semaines et seront suivis de radiothérapie. J’ai un entourage formidable qui m’accompagne dans mon cheminement.

Je me serais certainement passé de ce passage obligé derrière une jaquette d’hôpital pour assurer ma survie. Je voulais uniquement, moi, profiter au maximum de la vie, car je savais déjà à quel point elle était précieuse. Je vais certainement en profiter encore de cette vie, mais là, je fais une petite pause sur certains grands et petits plaisirs avant de revenir avec aplomb sur la ligne de front. 

Je te souhaite de t’aimer, de te choisir toi, de réaliser tes ambitions et de profiter profondément de la vie, de ta vie. 

 

Roxanne Besner xx

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2 Commentaires

  • Répondre Manon B 15 février 2019 a 15 h 17 min

    Wow, ça me fait réfléchir sur mon parcours, merci de nous ouvrir les yeux. On pense être toujours à l’abri, mais moi, mes 5 dernières années à me battre,….j’ai grandi, je me suis battue.

    Sois forte et profites de la vie….

    • Répondre Web & Mascara 21 février 2019 a 14 h 39 min

      Exactement. Une belle prise conscience qu’il faut profiter de chaque jour!

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