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[Histoire de filles] J’ai peur de perdre ma mère

Plus le temps avance et plus j’ai peur.

Mon bouclier se fragilise chaque fois que je te vois. Je suis tiraillée dans ma tête entre penser positivement et m’imaginer le pire. De plus en plus, je n’imagine que le pire.

J’ai peur de perdre ma mère. Ma mère qui se bat depuis peu contre la maladie. On lui détruit tout le système et la vie à coup de chimio en espérant éradiquer le méchant.

Mais ce n’est pas facile. J’ai du mal à supporter de te voir souffrir autant, te voir maigrir à vue d’œil, te voir perdre tes couleurs, tes cheveux et ta vitalité, te voir vomir la moindre chose que t’arrives à manger.

Je ne sais pas comment on fait pour vivre sans sa maman. Je sais bien que tôt ou tard c’est un passage obligé, mais je l’espérais plus tard que tôt. Et je le souhaite encore ainsi. Je ne suis pas prête pour ce passage. Comme tout le monde, je ne serai jamais prête à perdre ma maman.

J’ai cinq ans. Je me sens toute perdue même si on tente de me rassurer. Je n’ai, de toute façon, aucune envie d’entendre quiconque avec ses prémonitions.

Ma mère a perdu sa propre maman, elle aussi morte de la maladie et ce à un âge beaucoup plus jeune que le mien. Nous n’avons d’ailleurs jamais trop abordé la question. Et juste d’imaginer lui demander comment c’est de perdre sa mère? Ça fait quoi en dedans et comment on s’en remet? J’en ai mal au cœur. C’est comme si je lui demandais de me préparer à son propre départ.

Je suis peut-être un peu trop dans le mélodrame, mais de l’évacuer un peu comme ça me fera peut-être du bien. Depuis le début c’est irréel, je n’y crois pas. C’est en dedans donc on ne le voit pas. Y’aura des examens et des traitements et vous aurez quelques effets secondaires.

Ah oui! Peut-être que vous aurez un épisode d’absence avec paralysie et que vous devrez faire un petit tour d’ambulance. On ajustera plus d’une fois votre médication pour tenter de pallier aux effets secondaires et malgré tout ce par quoi vous passerez, rien ne garantit le succès du plan établi.

Oui comme toute bataille, faut établir les stratégies de combats. J’aurais aimé t’éviter l’étape des douleurs et de la famine.

C’est bien présent et ça te gruge le dedans. La perte de poids depuis le début est tellement importante qu’on arrive même à le voir et le sentir ce monstre qui t’éteint.

Tu ne te plains pas, t’as pas envie de faire souffrir personne. Rien qu’à te regarder on le sait que tu passes un mauvais quart d’heure.

On va aller puiser notre force chez tous ceux qui sont autour de nous par amour. On va s’accrocher au fait qu’on n’est pas les premiers et qu’on a plein de ressources disponibles créées par et pour tous ceux qui sont passés par là avant nous. On va passer tout plein de temps ensemble et continuer de se parler 3-4 fois par jour. On va s’appeler juste pour se parler de ce qu’on a mangé pour souper et pour que je te raconte une nouvelle histoire sur ma fille.

On va vivre comme si demain n’existait pas parce qu’on ne sait même pas s’il existera. On va continuer de planifier tous nos projets comme si tout allait normalement et se nourrir de nos rêves de voyages en attendant que la date du départ arrive enfin.

On va comme à chaque année faire nos valises 6 mois à l’avance et se dire tous les soirs qu’on a pensé ou trouvé quelque chose de nouveau à apporter.

Au final, malgré 6 mois de préparation, on en apportera quand même ben trop, mais ça sera encore une fois juste drôle d’être aussi bien mal préparé. Pis on recommencera au voyage prochain.

Maman je t’aime. J’ai peur de te perdre.

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