Art de vivre

[Les Chroniques de Paulychinelle] Vivre avec une personne en dépression lorsque… tu es toi-même dépressive.

J’ai toujours été la folle de mon couple, la fille trop émotive pis tout le temps dépressive.

Avec le temps, on m’a diagnostiqué de la dysthymie, en d’autres mots, de la dépression chronique, ce qui veut dire que je suis tout le temps un peu déprimée, et que je suis encline à tomber en dépression clinique si je ne gère pas bien ma tristesse. Awesome non?

Non.

Ouain.. Ce qui fait que, dans mes relations, j’ai toujours été la moins hop-la-vie des deux.

Logique, quand on y pense.

Jusqu’à ce que je rencontre mon chum actuel. En fait, au départ, il s’est évidemment présenté sous son meilleur jour : énergique, fanfaron, souriant, déterminé, colleux, etc.. Et en plus de ça, UNE PERLE, il n’a jamais bronché lorsque je lui ai glissé mot que j’avais une santé mentale fragile, ça ne le dérangeait pas, qu’il disait. Le voilà, l’homme de ma vie!

Crédit: Carole-Ann Paul

Le hic? Il est pareil comme moi. Même vibe dépressive, un genre de mélo-existentialiste qui se demande perpétuellement à quoi sert son existence. Ça te pète une bulle solide, surtout quand toi tu te nourris de l’énergie positive des gens. On s’aime énormément. Nous sommes des confidents, des meilleurs amis, des partenaires dans l’adversité, mais nous sommes aussi notre pire faiblesse à l’un et à l’autre. Et ça, c’est moins beau.

Quand je vais moins bien, il s’arrête de vivre pour m’épauler.
Et quand il va moins bien, je m’épuise à essayer de le remonter.
Et ainsi de suite.

Puis récemment, il a lâché les armes. Il est tombé en genre de burnout, on l’a mis en arrêt de travail, mais son état s’est rapidement empiré. On l’a alors hospitalisé en psychiatrie pendant 8 jours. Par prévention, histoire de s’assurer que ses idées noires ne prennent pas le dessus.

Huit nuits à me coucher toute seule avec mon chien qui fixe la porte, huit matins à me réveiller entortillée comme un burrito dans le lit froid, huit jours à vivre la même routine :
-Me réveiller triste et cernée jusqu’au nombril
-M’occuper des animaux
-Aller visiter mon chum à l’hôpital
-Retourner me préparer à l’appartement
-Manger
-Appeler mon chum pour lui parler 10-15 minutes

-Aller travailler
-M’inquiéter toute la soirée au travail
-Retourner chez nous, brûlée physiquement et émotionnellement
-Sortir le chien
-Écouter un épisode de The Mindy Project pour déstresser
-Aller me coucher (= insomnie/crises de panique/cauchemars)

Le RÊVE, j’vous dis.

En plus de penser à ça toute la journée, je me faisais constamment demander comment il allait. Tout le monde qui me textait/m’appelait/m’écrivait me demandait comment il allait. Mais jamais comment MOI j’allais. Et quand on daignait me le demander et que je répondais que j’étais triste et vidée d’énergie, on me disait :

Bin là, tu dois te ressaisir et être forte pour lui.

Pour lui. Parce que même mes amis et ma famille sont restés sous l’impression que sa dépression était plus grave que la mienne à cause de son hospitalisation. Il ne leur est jamais venu à l’idée que c’est moi qui ai poussé pour qu’il se fasse soigner. Que lui, au moins, il a eu du support dès les premiers signes. Que moi, j’ai tout le temps vécu ça toute seule. Les gens sont bien vites à minimiser la douleur du monde ou la comparer.

Je n’en pouvais plus..

Heureusement que j’avais une ou deux personnes de mon entourage qui sont au courant de mes faiblesses et qui ont été sensibles à ma situation. Au lieu de demander ”Comment va ton chum?”, ils m’ont demandé ”Comment te sens-tu toi? As-tu des nouvelles positives de son état?” Et sincèrement MERCI à ces personnes. Vous savez à quel point le soutien de l’entourage est important pour des gens comme moi. Vous m’êtes chers.

Alors voilà.

Crédit: Carole-Ann Paul

Dernièrement, il prend du mieux. Il m’a dit ce matin qu’il avait plus espoir en l’avenir, que la vie lui semblait plus belle. Je suis soulagée.
Je ne l’appelle plus à chaque heure pour m’assurer qu’il est toujours en vie  lui demander ce qu’il fait.
Je peux enfin prendre du temps pour moi, sans me sentir coupable. Je recommence à écrire aussi. Je n’avais plus la tête à ça.

Et contrairement à ce qu’on pourrait penser : cette épreuve nous a rendus plus forts en tant que couple. Et malgré que je croyais être à bout de forces, je me suis découvert une nouvelle réserve de courage et d’énergie. Je n’ai pas retrouvé la santé que j’avais il y a quelques mois, mais je me vois graduellement remonter. Et je tiens mon amoureux par la main. Il monte moins vite que moi ces derniers temps, mais je sais que ça va lui revenir.

Et vous, avez-vous déjà vécu ce genre d’épreuve?
Quels ont été vos moyens de garder la tête hors de l’eau?

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