Art de vivre

[Mode & Vie] Une famille élargie d’amis : de l’amour XXL pour Noël.

En cette période des fêtes, on nous bombarde de partout avec ces mots : « famille », « amis », « proches ». Mon sens de la famille ? Complètement bouleversé.

Je suis enfant unique et j’ai été élevée par une mère qui prenait aussi soin de ma grand-mère hémiplégique. À l’époque, c’était une famille plus qu’éclatée, c’était une famille qu’on pouvait alors qualifier d’anormale, voire d’extraterrestre. Il y a ceux qui m’ont longtemps traitée de « pas d’père », il y a les autres qui me surnommaient « la bizarre avec sa grand-mère » mais il y a aussi moi, qui, à travers tout ça, ai compris à quel point la famille est davantage un jardin composé des fleurs qu’on choisit qu’un arbre généalogique prédéterminé.

L’année de mes sept ans a été très déterminante pour moi. En septembre, ma grand-mère a subi un AVC qui l’a laissée paralysée du côté gauche. Tout en continuant à travailler à temps plein, ma mère a décidé de l’accueillir à la maison. De l’aide extérieure s’imposait donc et c’est ainsi que nous avons engagé Doris, une dame de compagnie pour grand-maman exceptionnelle. Bien sûr, sa tâche principale  était de s’occuper de ma grand-mère mais mon petit cœur de fillette n’a pas manqué de s’attacher rapidement à elle. Ma grand-mère est décédée un lundi soir. Deux jours plus tard, Doris a demandé à ma mère de voir la chambre de ma grand-mère une dernière fois. À ce moment, je pense que ma mère a compris qu’elle venait de perdre une employée merveilleuse. De mon côté, c’est à cet instant que j’ai réalisé à quel point ce petit bout de femme avec qui je passais toutes mes vacances d’été depuis l’âge de sept ans avait pris de l’importance dans ma vie. Pendant les huit ans où elle a travaillé pour nous, j’avais eu deux mères. J’avais maintenant quinze ans et je n’en avais plus qu’une. Lorsque la porte s’est refermée et qu’elle est sortie dans le froid de l’hiver et du deuil, j’ai cru que je ne la reverrais plus jamais.

J’avais tort. J’avais cru que les liens du cœur pouvaient se défaire facilement mais j’avais oublié que les êtres sont parfois reliés par les lignes téléphoniques et les câbles Ethernet. Rapidement, Doris a commencé à me téléphoner et à m’envoyer des courriels. Pour savoir comment j’allais, tout simplement, ou pour m’inviter à aller voir la nouvelle décoration de leur salon. J’ai maintenant 23 ans. Doris et son chum m’invitent régulièrement à souper et j’ai même écopé du titre de « fille adoptive », un titre qui vient cependant avec des corvées… comme celle du ménage de l’atelier de mon « père adoptif ».

God made us sisters because no mother could handle us as sisters (Unknown).

C’est aussi à l’âge de sept ans que j’ai connu ma meilleure amie sœur. On ne sait jamais à quel point les amitiés seront déterminantes lorsqu’on rencontre quelqu’un. Nous avons été réunies en raison d’un crayon jaune moutarde que nous partagions au cours d’une séance de coloriage. Dix-sept ans plus tard, nous sommes toujours les meilleures amies du monde et nous partageons le même appartement. Ma meilleure amie, que je considère aussi comme la sœur que je n’ai jamais eue, est d’ailleurs particulièrement insultée lorsque je la rétrograde au titre de coloc au cours d’une conversation. Une amitié d’une telle envergure ne se limite pas à deux personnes. Ma mère, infirmière, a récemment vécu un moment de proximité intense dans notre micro salle de bains lorsque Josée a souhaité qu’elle examine sa bosse à l’aine. La famille de Josée m’a aussi rapidement adoptée et incorporée dans certains de ses rites. C’est ainsi que des situations cocasses surviennent parfois :

 

JOSÉE, alors que je stationne ma voiture dans l’entrée de leur résidence : Qu’est-ce que tu fais ici, toi ?

MOI : Ta mère m’a invitée pour manger des gaufres maison.

JOSÉE : Sans m’avertir ?

C’est sans parler de la fois où le père de Josée avait retenu mes services un an d’avance pour les aider à fermer la piscine ou du brunch de Pâques auquel la mère de mon amie m’avait laissé l’honneur de shotgunner la dernière tranche de bacon à l’érable.

 

Pour le Noël de mes 23 ans, je souhaite évidemment garder ma mère pour le maximum d’années possible, mais je souhaite également continuer à cultiver des liens qui me sont aussi précieux. Un proverbe dit que les amis sont la famille qu’on choisit. En cette période des Fêtes, je suis en mesure d’affirmer que les liens du cœur sont parfois aussi réconfortants que ceux du sang.

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9 Commentaires

  • Répondre Andrée Laprise 12 décembre 2012 a 12 h 47 min

    Un très beau texte, très émouvant.

    • Répondre Sabrina 12 décembre 2012 a 16 h 35 min

      Merci beaucoup Andrée ! Un beau témoignage de Noël !

  • Répondre Valerie Ricard 13 décembre 2012 a 18 h 41 min

    C’est quoi ca me faire pleurer au bureau toi la!

    • Répondre Sabrina 13 décembre 2012 a 20 h 23 min

      Pauvre Valou ! Je me disais justement que tu aurais peut-être les yeux secs 🙂 J’avais prévu le coup !

      • Répondre Valerie Ricard 13 décembre 2012 a 22 h 32 min

        Ah tes fine 😀

  • Répondre Julie 15 décembre 2012 a 11 h 19 min

    Wow… tout simplement wow <3

    • Répondre Sabrina 15 décembre 2012 a 17 h 02 min

      Merci Julie ! Continue de suivre Web et Mascara ! 🙂

  • Répondre Josée Pellicelli 17 décembre 2012 a 13 h 13 min

    Ces très touchant comme texte et la lecture se fait en douceur et remplit d’émotions aussi.

    • Répondre Sabrina 17 décembre 2012 a 17 h 08 min

      Merci Mme Pelliceli. Continuez de suivre Web et Mascara !

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