Art de vivre, Société

[Société] La responsabilité sociale ou l’histoire d’un tronc d’arbre

Crédit photo : Catherine Leduc

Crédit photo : Catherine Leduc (Maman)

Apprendre à être responsable, c’est une notion qu’on apprend quand on est tout petit. Ça fait partie de l’éducation. Être responsable, c’est tendre à faire comme les adultes. C’est prendre conscience que la bêtise qu’on s’apprête à faire est enfantine. Mais quand on est un enfant, on le fait pareil. Parce qu’on se dit qu’on a le temps de l’être : adulte.

Dans mon groupe d’amis, j’ai toujours fait partie de la gang qui avait le goût du risque, de l’aventure. Pas capable d’écouter ma raison et de refuser de la faire, cette bêtise. Ma sœur, quant à elle, a toujours été la voix de la sagesse. Elle avait cette petite alarme dans la tête qui l’alertait du danger en tout temps. Pour le coup, ma sœur – que j’ai toujours considérée comme ma petite sœur parce qu’elle est sortie du ventre de ma mère 5 longues minutes après moi – elle était un enfant responsable. Elle était capable de reconnaître le bon du mauvais, mais aussi et surtout elle était capable de prendre conscience de raisonner ses pairs. Qu’on l’écoutait ou non, elle faisait sa job. Elle faisait sa part, quoi. Mais, nous, téméraires, on ne l’écoutait pas. Jamais. Alors, elle restait là. Elle ne traversait pas la rive. Elle attendait sagement du bon côté et nous attendait. Pourquoi ne rentrait-elle pas à la maison d’abord? Non, car sinon, les adultes – nos parents – se seraient demandés où était la ribambelle d’enfants casse-cou qui l’accompagnaient avec qui elle était censée passer tout l’après-midi. Et on se serait fait chicaner par sa faute. Et elle ne le voulait pas, ça. Le cœur sur la main. Alors, sur son côté de la rive, elle attendait patiemment. Même si elle entendait nos rires nerveux, nos émerveillements, et même si une petite voix lui chuchotait que de nous suivre serait excitant, elle restait là, sans bouger, telle une petite fille sage comme une image, les mains conjointes ensemble, les pieds collés. Droite et fière, debout comme un I.

Lorsque nous sommes adultes, nous faisons face à des choix un tantinet plus grands que ceux se résumant à savoir si on doit traverser la rive ou non. Un après-midi vite oublié. Que souvent, on se rappelle pourtant avec le sourire. Un souvenir à jamais gravé que pour rien au monde on ne troquerait. Mais quand on vieillit, on réalise que d’être responsable, quand on est grand, c’est de faire des choix plus personnels qui ne sont pas aussi faciles qu’ils en ont l’air.

À la différence de ce que l’on pourrait croire : la liberté d’être enfin décideur de notre propre existence résulte de la capacité de rendre des comptes à autrui tout en essayant de ne pas s’y perdre : Des comptes à la personne avec qui on partage sa vie, des comptes à son boss qui participe à notre qualité de vie, des comptes à ses collègues avec qui on veut travailler en équipe, à nos amis, parfois, lorsque l’on feint une angine pour rester à la maison au lieu de les suivre dans leurs folies : Non pas ce soir,  je suis au fond du lit. Mais surtout, et le plus troublant, c’est de réaliser que l’on doit rendre des comptes avant tout à soi-même. Le soi-même qu’on oublie parce qu’on a souvent trop peur de l’affronter.

Notre responsabilité sociale, c’est d’après moi de s’écouter afin d’être pleinement épanoui même quand on a envie de baisser les bras. Écouter la petite voix qui se cache au fond de nous, au fond de notre cœur. La voix forte. Masculine. Qui existe dans chacun de nos corps : la voix du guerrier invincible.

Aujourd’hui, plus adulte, il y a une petite voix que je suis contente d’entendre quand la mienne a envie de prendre congé : celle qui me fait penser à deux fois avant de poser mon pied sur ce tronc d’arbre qui me conduira de l’autre côté, sans savoir où ce pas va me mener. Celle qui me vient tout droit de l’enfance : celle de ma sœur raisonnable, responsable et raisonnée, qui me chuchote, lorsque parfois je dois lutter : Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le au moins pour moi.

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