Culture, Spectacles

[Danse] Suie, de Dave St-Pierre – Éloge d’un mauvais show.

Suie, le petit dernier de Dave St-Pierre en collaboration avec Anne Lebeau présenté par Danse Danse du 1er au 11 février, est probablement le pire show que j’ai vu de ma vie.

C’est aussi le premier show qui me fait rester assise dans la salle 10 minutes après que ce soit fini pour écouter les gens parler; m’adresser à voix haute au chorégraphe en lisant le dossier de presse dans le métro; l’envoyer chier en déblayant mon char; rire de bon cœur en rentrant chez moi et me questionner sur la véritable nature de l’Art dans mon lit jusqu’à 3 heures du matin un soir de semaine.

Photo : Danse Danse

La dernière fois que j’avais vu sa compagnie, pour Parachutes, j’avais voulu mourir de honte pour l’artiste pendant les premières minutes de la représentation, et j’étais finalement repartie enchantée. Je me disais qu’il en serait sûrement de même pour Suie.

À la question que je me suis posée 1000 fois durant le spectacle, à savoir « Quessé que je vais ben pouvoir écrire là-dessus?», la fin de Suie n’a toutefois pas apporté de réponse.

Pis c’est correct. Dans une entrevue accordée par Dave St-Pierre et Anne Lebeau à LaPresse, celle-ci déclare :

Un spectacle de danse, c’est comme regarder un tableau. Tu ne te demandes pas pourquoi il y a du rose, du vert ou des ronds ici et là. Tu regardes. Peut-être que tu aimes ça, peut-être que tu n’aimes pas, mais tu regardes.

Une citation qui m’a fait marquer un temps d’arrêt après le spectacle. Est-il préférable d’apprécier l’art comme ça? En public passif? Peut-être. Toujours est-il que j’aurais beaucoup aimé que toute l’audience ait en main la notice de Dave St-Pierre avant son show, voire le dossier de presse au complet. Parce que c’est grâce à eux que j’ai pu sourire de la provocation puérile et des clichés énormissimes mis en scène sous mes yeux le soir de la première.

Pas nécessairement trouver ça pertinent, mais en sourire.

Selon mon expérience, il n’est pas surprenant de voir des gens quitter la salle durant les spectacles de Dave St-Pierre. Encore moins pendant celui-là! Et le show se passe autant sur la scène que dans l’audience. L’éclairage en salle tout au long de la représentation permet d’observer les spectateurs, et de détailler leur malaise, leur désarroi devant cette première dont les mots “fucking weird” effleurent à peine les particularités.

Anecdote : Suie explore les thèmes de “la quête d’absolu, la force de l’instinct, le courage et la foi” nous dit Danse Danse. Une “épopée urbaine” inspirée de Jeanne D’arc. Ben cré-moi cré-moi pas, quand ils ont enfilé une armure et que mon esprit a finalement pu faire un lien cohérent et “groundé” avec le thème, je me suis sentie soulagée. J’étais comme satisfaite d’avoir enfin un espèce d’indice narratif temporel quelconque. Pis là je me suis dit : “Ostie ça y’est, je me suis fait avoir.”

Ça vaut quand même la peine de s’y attarder, à ce soulagement-là. Soulagée de quoi? De l’incompréhension? De l’incongruité? Parce que l’art, même quand il est abstrait, est rarement incongru; il vient avec un mode d’emploi, une feuille de route. Il est une citation très chère à mon cœur qui va comme suit :

Il n’est pas nécessaire qu’un auteur comprenne ce qu’il écrit. Les critiques se chargeront de le lui expliquer – Abbé Antoine Prévost.

Ça montre bien ce désir compulsif des gens de tout rendre compréhensible, structuré… En tout cas, maintenant tu comprends pourquoi je me suis couchée tard ce soir-là tsé.

Photo : Lego Movie

Pis non je te mettrai pas de description du show, de photos ou de vidéos, anyway rien ne le rend, pour le meilleur ou pour le pire…

Enfin bref, bottom line : Dave St-Pierre n’est pas comme la coriandre.

La coriandre, on aime ou on déteste. J’ai du mal à saisir comment on peut complètement aimer ou complètement haïr Dave St-Pierre. On l’aime ET on l’haït, pas consécutivement mais simultanément. Exactement au même moment, tu regardes son show pis tu te dis “Maudit-que-c’est-poche-show-de-marde-cliché-d’artiste-fendant-my-god-qu’yé-brillant-ayoye-donnez-y-un-prix”. Genre.

Une relation amour-haine synchrone qui ne laisse certainement personne indifférent, mais qui froissera sans doute ces gens qui avaient prédit à “l’enfant terrible de la danse contemporaine” un succès sans cahots sur le chemin bien lisse du bon goût.

Dave St-Pierre fourre le destin. Sur scène, devant tout le monde. C’est comme un porno amateur; ça veut pas dire que ça vaut la peine d’être vu, mais c’est du cul pareil.

Pour une solide réflexion sur l’Art, lisez ses nombreuses entrevues et irruptions médiatiques et allez voir Suie. Pour un beau show de danse contemporaine artistique, Danse Danse offre maintenant la possibilité à ses abonnés d’échanger leurs billets…

À Dave St-Pierre, j’ai envie de dire : GO! Continue de t’exprimer! Mais pitié, ferme ta gueule.

Article Précédent Article suivant

Vous Pourriez Aussi Aimer

Aucun Commentaire

Laisser un commentaire