Culture, Lecture

[Lecture] «Vi» de Kim Thúy, entre douceur et dureté

Crédit photo : Sophie Leduc

La douceur des mots nous conduit tout droit dans une noirceur sans préavis. Après une longue balade, on peut lire « une autoroute le long de la côte avec le soleil pour seul réconfort. Puis le fossé. » Au milieu d’une image, la dureté d’une situation fait son apparition, puis nous laisse nous remettre de nos émotions en nous orientant vers un autre rivage.

« Comme ma mère auprès de mon père, comme Hoa auprès de Long, je devais l’aimer lentement, patiemment. »

La lenteur fait partie de la culture du Vietnam et est parfaitement exprimée par le choix des mots et des images; elle nous offre la possibilité de détecter chaque sensation, émotion et regard que le narrateur tente de transmettre au lecteur. Il y a beaucoup de lieux et de personnages. Nous ne sommes pas tout à fait certains de la chronologie. Pourtant, on a l’impression de suivre le courant de ces histoires aussi belles que tragiques.

« Sur le seuil de la porte de ma chambre universitaire, ma mère m’a dit très lentement d’une voix grave : «Quand tu t’apercevras que tu as fait une erreur, je te demande d’avoir le courage de la reconnaître et de recommencer ailleurs.» Je n’ai jamais eu ce courage. »

C’est un petit aperçu bien déroutant d’un drame que beaucoup ont vécu mais que peu ont pu y mettre des mots. Kim Thúy l’a fait sans censure tout en acceptant les creux et silences de la vie. Un retour au Vietnam, des voyages, des apprentissages, des déceptions. Le narrateur n’en est pas à sa première leçon ni à sa dernière. L’honnêteté du personnage est si troublante qu’on se demande si celui-ci est totalement inventé.

« J’étais aussi transparente que les pétales de la fleur squelette sous la pluie. »

On voyage à travers les yeux de sa mère, puis ceux de son père, parfois ceux de son frère et finalement les siens. L’amitié, la fraternité, la paternité, l’amour façonnent l’histoire d’une boat-people. Tout est décousu et unique à la fois. Chapitre après chapitre, on a envie d’en découvrir un peu plus sur l’étrange destin de Vi. Tantôt repliée, tantôt pleine de vie, elle semble avoir accumulé mille vies et sa vulnérabilité ne fait aucun doute. Entre partir ou rester, aimer ou cesser de l’aimer, entre chez soi et déracinée, Vi hésite même à se quitter.

Très poétique, ce roman nous fait voir différents pays, découvrir différentes saveurs, entre amour et amertume. Tantôt sur un bateau où « cette mère s’était évanouie au moment où son fils et sa bru avaient été jetés à la mer », tantôt dans le creux du cou d’un amoureux qui la compare aux « rares fleurs udumbra, dont les bouddhistes disaient qu’elles n’apparaissaient qu’une fois tous les trois mille ans, alors qu’elles se cachaient en fait par centaines sous la peau de leurs fruits et qui [parfois], s’en échappaient pour s’épanouir sur une feuille, sur un grillage, ou dans [son] corps tout entier après [leur] premier baiser. » On se laisse aisément bercer par ce voyage qu’on désire continuer, bien qu’on aie l’impression d’en savoir déjà bien assez. En respectant la fin du voyage, on se surprend à revenir en arrière, feuilleter quelques pages et ré-apprécier certains passages.

Source : Libre expression

Kim Thúy en est à son quatrième roman et a déjà gagné plusieurs prix. Après avoir été couturière, interprète, restauratrice, avocate, c’est en prêtant sa plume que cette auteure québécoise d’origine vietnamienne désire toucher le monde aujourd’hui.

Auteur : Kim Thúy

Titre : Vi

Éditions : Libre Expression

Prix : 24,95 $

Article Précédent Article suivant

Vous Pourriez Aussi Aimer

1 Commentaire

  • Répondre Kim Thúy nous chuchote certains secrets | Web et Mascara 24 mai 2018 a 11 h 46 min

    […] nous plongent au coeur de sa culture. Je vous avais d’ailleurs déjà parlé de son roman Vi. Ce n’est pas si différent avec le Secret des vietnamiennes où elle nous dévoile certaines […]

  • Laisser un commentaire