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[Opéra] Dialogues des Carmélites de Poulenc, un opéra en français

Qui aurait pu croire qu’elle aurait tant de peine à mourir, qu’elle saurait si mal mourir! On dirait qu’au moment de la lui donner, le bon Dieu s’est trompé de mort, comme au vestiaire on vous donne un habit pour un autre. Oui, ça devait être la mort d’une autre, une mort pas à la mesure de notre prieure, une mort trop petite pour elle, elle ne pouvait seulement pas réussir à enfiler les manches…

La mort d’une autre, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire, Sœur Constance?

Ça veut dire que cette autre, lorsque viendra l’heure de sa mort, s’étonnera d’y entrer si facilement, et de s’y sentir confortable…

J’ai assisté à la première de l’opéra Dialogues des carmélites de Poulenc avec l’Opéra de Montréal. C’est un opéra en français que j’ai beaucoup apprécié, une histoire tragique et une profonde réflexion sur la mort et le sens qu’on lui donne…

Tout d’abord, cette histoire tragique n’en est pas moins inspirée d’événements réels s’étant déroulés durant la Terreur lors de la Révolution française. Elle raconte celle de 16 carmélites, un ordre de religieuses sévère et très austère, portées à l’échafaud au nom de la liberté.

Photo : Opéra de Montréal

Bon. Tous les opéras auxquels j’ai assisté dans ma vie (je parle comme si j’en avais vu 1000, mais ça se limite à 5 ou 6) étaient des opéras classiques en italien. Bien sûr, la transcription des paroles en français dévoilait la teneur des paroles déclamées, mais on peut toujours se dire que la traduction est plus littérale, moins poétique, et puisque je ne comprends strictement rien à l’italien, le tout conservait une certaine poésie romantique.

C’est quand on se rend compte qu’en fait, les paroles sont aussi terre-à-terre que le laissait présager la traduction qu’on a une petite surprise. Au début du premier acte, c’est donc des “Père, puis-je sortir de table et me retirer dans ma chambre?” et autres banalités du genre qui sont parfois chantées par les protagonistes… Disons que ça casse un peu le sérieux de l’ensemble et qu’on a quelques fois plutôt envie d’en rire.

Photo : Opéra de Montréal

Outre le charme poétique rompu par ma propre langue (traîtrise!), j’ignorais qu’il était possible de tomber amoureuse d’un chanteur d’opéra. OH-MY-GOD. Et il est canadien en plus, comme l’ensemble de la distribution des Dialogues des carmélites.

C’est le Chevalier de la Force (rien de moins) qui fait l’objet de ma passion, interprété par Antoine Bélanger, un ténor à la voix puissante mais différente… Ce je ne sais quoi de plus vrai, des émotions plus palpables, cette profondeur toute masculine malgré un registre plus aigu – Je le remarquais déjà, d’ailleurs, dans le rôle de Cassio dans l’opéra Otello… Notre relation date quand même de quelques mois!

Son personnage entretient une relation disons… Fusionnelle (restons polis; ils avaient plus souvent l’air d’être amants) avec sa sœur Blanche, qui lui confère une force et une sensibilité dignes d’un prince de Disney. C’est le célèbre baryton Gino Quilico (quelle fille ne se souvient pas de Je serai là pour toi, en duo avec Marilou), bien qu’il n’ait pas livré une performance exceptionnelle, qui lui donne la réplique dans le premier acte.

D’ailleurs, parlons des femmes des Dialogues des carmélites. Si la voix riche de soprano de Mariane Fiset était merveilleusement choisie pour ce personnage tourmenté par une angoisse maladive, c’est celle de Constance (Magali Simard Galdès), une jeune sœur espiègle et joueuse, qui m’a séduite. Pas que moi, apparemment, puisqu’elle a été saluée avec moult applaudissements à son arrivée sur la scène en fin de spectacle.

Et quelle fin! La représentation finit sur le guillotinage des carmélites, une finale dramatique et superbement mise en scène. Bien que figurative, la scène m’a donné froid dans le dos : les carmélites chantent en chœur sous des projecteurs individuels qui s’éteignent, un à un, à mesure que retentit le son de la lame de l’échafaud fendant l’air, alors qu’elles se taisent une à une pour laisser la scène complètement noire… Ouf.

Photo : Opéra de Montréal

La scénographie mérite aussi un petit commentaire : extrêmement sobres, les décors presqu’austères composés de prie-Dieu et de quelques tables et chaises éparses rendaient très bien l’ambiance des cloîtres et la froide rigueur de la Règle des carmélites; un choix qui sert très bien le propos du spectacle. L’immense scène dépouillée met vraiment la performance époustouflante des cantatrices au premier plan.

Dialogues des carmélites, un opéra de Francis Poulenc mis en scène par Serge Denoncourt à l’Opéra de Montréal, ce soir (31 janvier), le 2 et le 4 février prochain. Un spectacle grandiose à ne pas manquer!

 

 

 

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