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[Société] Prévention du suicide : merci, petit chat roux…

chat

Ze chat roux

Malheureusement, il m’est arrivé souvent de devoir faire face au décès de gens que j’aimais. Dans tous les cas, la maladie en était la cause. Puis, récemment, j’ai dû dealer avec la mort d’une toute autre façon. Quelqu’un que j’aimais beaucoup s’est enlevé la vie. J’ai décidé de vous partager ce texte que j’ai écris le soir où j’ai appris son départ.

“Il y a bien longtemps, dans mon ancienne vie, j’ai connu un jeune homme d’à peine 14 ans. Je n’avais pas de lien de sang avec lui, mais pour faire une histoire courte, c’était mon neveu par alliance. C’était un gars super intelligent, poli, souriant et toujours de bonne humeur.

David, c’était le genre de gars tellement fin qu’il se mettait en équipe avec moi pour jouer à NHL sur la PlayStation. Il savait que j’étais nulle, mais il savait surtout qu’il était assez bon pour gagner à lui tout seul et, en prime, faire du bien à mon côté orgueilleuse/mauvaise perdante. C’était aussi le genre de gars serviable qui demandait toujours si on avait besoin de quelque chose… Yé 1h du mat’, j’ai envie de bonbons, mais pas envie de me bouger les fesses? Pas de trouble parce que Divad lisait dans mes pensées. Il avait soudainement très soif et me disait qu’il voulait, de toute façon, aller au dépanneur.

Parenthèse : ce n’est pas une faute d’orthographe, j’ai vraiment écrit Divad. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il est arrivé un jour en nous disant “hey, mon nom à l’envers, c’est Divad”. Et c’est resté. Fin de la parenthèse.

Je l’aimais beaucoup.

Pas juste parce qu’il allait me chercher des affaires à bouffer, mais parce que pendant toutes les années où j’ai fait partie de leur famille, jamais je n’ai eu l’impression d’être en compagnie d’un “p’tit jeune”. J’avais même hâte qu’il vienne faire son tour. Son frère et lui se mettaient toujours de mon bord quand venait le temps d’écouter un film… “Pas de trouble, on va regarder le tien en premier, comme ça si t’es fatiguée après, tu pourras aller te coucher pendant qu’on regarde notre film de gars.” Ils prenaient un malin plaisir à m’appeler “matante” en me traitant de vieille et moi je les taquinais sur d’autres trucs. La marque de commerce de Divad, c’était ses beaux cheveux roux.

Puis, je me suis séparée et j’ai un peu perdu contact. Je dis “un peu” parce que les deux neveux et moi, on est restés amis Facebook alors à nos fêtes respectives, on se souhaitait bonne fête, on likait des affaires une fois de temps en temps. Rien d’extra, mais dans mon cœur, ils ont toujours occupé une place bien spéciale.

Le temps a passé et je voyais bien que ça avait l’air difficile de son bord. Ses statuts étaient un peu confus, souvent tristes. Souvent des paroles de chansons, alors le doute planait dans ma tête à savoir s’il se sentait vraiment mal ou si c’était juste des paroles d’une toune qu’il aimait vraiment beaucoup. Mais comme on n’était plus super proches à ce moment, je ne me sentais pas à l’aise d’aller lui jaser un peu… Après tout, “l’ex-matante à qui j’ai pas parlé depuis 3 ans”, c’est sûrement pas dans le top 10 des personnes à qui il aurait aimé se confier… Dans ma tête, il le faisait déjà auprès de sa famille et ses amis.

Sa fête est arrivée. J’ai pensé à lui, comme chaque année, mais cette fois-ci, j’étais coincée dans un tourbillon et je n’ai pas pris le 30 secondes que ça prenait pour lui souhaiter bonne fête. Puis le lendemain, je me suis dit que c’était niaiseux de le faire en retard, j’ai hésité toute la journée puis je l’ai juste pas fait. Niaiseux, je sais.

Puis, un midi, quelques jours après, sa face est apparue sur mon fil d’actualités. Il était porté disparu. Ça a fait rapidement les manchettes parce qu’il a eu des propos suicidaires… J’étais sous le choc. Une partie de mon cerveau m’a dit de me calmer… “Ben voyons dont, c’est de mon ptit Divad qu’on parle! Il avait sûrement juste besoin de prendre l’air, se remettre les idées en place pis that’s it! Il va revenir à la maison bientôt. ”

Hé ben, j’ai appris que mon petit Divad était plus triste que je pensais. Il n’avait pas juste besoin d’air, il avait besoin d’aide.

Comme bien des gens lorsqu’ils font face au décès de quelqu’un qu’ils aiment, j’ai beaucoup de regrets. J’aurais pu entretenir la belle relation que j’avais avec lui avant ma séparation. J’aurais pu prendre des nouvelles plus souvent. J’aurais pu lui écrire quand il a commencé à écrire ses statuts moins joyeux pour lui offrir une oreille attentive. Je n’ai rien fait de tout ça et je le regrette amèrement aujourd’hui. Peut-être que ça n’aurait rien changé parce que je suis toujours l’ex-matante à qui il n’a pas parlé depuis 3 ans… Mais peut-être que ça aurait changé le cours des choses, qui sait.

Je n’étais plus assez proche de David pour être au courant de tout ce qu’il vivait, quel a été l’élément déclencheur ni pourquoi il a choisi cette porte de sortie, mais j’aurais aimé qu’il puisse se sentir à l’aise de venir me jaser de ses problèmes.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous dire de faire attention aux gens que vous aimez, qu’ils soient près ou loin. Si vous sentez que quelque chose cloche, ne faites pas comme moi. Offrez-leur un peu de votre temps. Un petit message pour leur dire que vous pensez à eux et que vous êtes là. C’est le plus beau cadeau qu’on puisse offrir à quelqu’un et ça pourrait bien sauver une vie…

J’ai appris la tragique nouvelle seulement 20 minutes avant de partir de chez moi pour aller à un show d’humour. Ironiquement, la dernière chose dont j’avais envie, c’était de rire. Toute la soirée, j’ai passé en boucle dans ma tête tous les petits moments passés avec lui, tous les fous rires qu’on a eus, les nuits blanches passées à jouer à des jeux vidéos.

J’ai le cœur brisé, j’ai pleuré, pleuré et pleuré. Un beau bonhomme de tout juste 22 ans qui était tellement mal qu’il a choisi d’en finir… C’est une claque dans la face et c’est bien la dernière chose à laquelle je m’attendais. Je sais qu’il veille maintenant sur son monde et j’espère juste qu’il est plus heureux là où il se trouve.

 

J’aime croire qu’il y a quelque chose après la mort et ce soir, j’ai vécu un beau moment qui a mis un petit baume sur mon gros bobo… À mon retour, au pied de mon escalier, se trouvait un petit chat. Roux. Il était assis là, tranquille. Quand on s’est approché, il s’est levé et a commencé à marcher. Il s’est arrêté devant mon copain et moi. Mon chum avait beau lui parler, le chat ne réagissait pas. Puis, un peu à la blague, je me suis penchée et j’ai demandé au chat “c’est tu toi, Divad mon ptit roux?” Le chat a miaulé en me regardant droit dans les yeux et a continué son chemin… Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Un petit signe que la vie m’envoie et qui me laisse croire qu’il va bien.

Toutes mes pensées vont à la famille de David, mais particulièrement à sa maman et à son grand frère. Je n’ose imaginer votre détresse. J’aimerais vous serrer dans mes bras et pouvoir vous enlever un peu de votre peine.

Merci David pour les beaux moments et merci petit chat roux…”

aqps.info

Association québécoise de prévention du suicide : http://www.aqps.info/
Suicide action Montréal : http://www.suicideactionmontreal.org/
Sans frais, partout au Québec : 1 866 APPELLE (1 866-277-3553)

 

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